Nghi Vo est une autrice américaine dont la novella L'Impératrice du Sel et de la Fortune a remporté le Prix Hugo 2021. Publié en 2023 aux éditions L'Atalante, ce premier opus du cycle des Archives des Collines-Chantantes a marqué l'arrivée en France d'une voix singulière dans le paysage de la fantasy. Avec à peine plus de cent pages, l’autrice livre une expérience de lecture portée par une écriture poétique et une structure narrative originale.
L'histoire débute sur les chemins entre les Collines-Chantantes, le monastère des adelphes archivistes, et la capitale, où se rendent Chih et sa huppe Presque-Brillante pour assister à une éclipse, ainsi qu’au sacrement de la nouvelle impératrice. En route, ils visitent le palais de la Lumière-Éblouissante, lequel est abandonné depuis le départ de l'impératrice du Sel et de la Fortune, In-yo. Ils font, sur les lieux, la connaissance de Lapin, une vieille servante ayant vécu avec cette impératrice, dont elle va leur raconter l'histoire à travers les objets que Chih recense dans cette demeure.
J'ai particulièrement aimé la manière dont l'histoire est racontée. La plume est très belle et la narration originale. En effet, Chih apprend le passé de l'Impératrice de la bouche de Lapin, qui se remémore ses souvenirs au fur et à mesure qu’iel découvre de nouveaux objets dans le palais. Cette construction crée une atmosphère particulière, presque onirique. Chaque objet devient le catalyseur d'un souvenir, d'une anecdote, d'un fragment de l'histoire de l’impératrice. Nghi Vo maîtrise l'art de la suggestion, préférant évoquer plutôt que décrire, et elle réussit à créer des images puissantes en peu de mots.
Les personnages sont intrigants, solides et attachants. Il y a tout d’abord Chih, adelphe non binaire dont la vocation réside dans la mémoire et la transmission des histoires. Iel essaie de reconstituer le puzzle de l'Histoire en récoltant du savoir et des anecdotes. Presque-Brillante, sa huppe parlante, est dotée d’une mémoire infaillible et ajoute une touche de légèreté au récit. Puis il y a Lapin, la servante devenue confidente, qui constitue le cœur émotionnel du récit. Son amitié avec l’impératrice se construit au fur et à mesure des épreuves, et c'est cette relation très forte qui fait en partie le charme de cette histoire. Enfin, In-yo, l’impératrice, dont ce premier tome met en scène l’ascension : moquée à la cour à cause de ses différences, humiliée par son époux et envoyée en exil après qu’elle lui ait donné un héritier…
Attention, ne vous attendez pas à un récit plein d’action ! C'est surtout une ambiance et beaucoup de sous-entendus. Cette approche feutrée pourrait sembler frustrante, mais j’ai trouvé qu’elle créait une atmosphère poétique et envoûtante. Une jolie découverte, qui fait la part belle à la transmission orale et à la mémoire, et m'a véritablement séduite. Je découvrirai la suite avec grand plaisir.
Un mariage politique force In-yo, jeune femme de sang royal, à s'exiler au sud, dans l'empire Anh. Ses frères sont morts, ses armées et leurs mammouths de guerre vaincus de longue date restent reclus derrière leurs frontières. Seule et humiliée, elle doit choisir ses alliés avec circonspection. Lapin, une jeune servante vendue au palais par ses parents en réparation de l'absence de cinq paniers de pigments se prend d'amitié pour la nouvelle épouse esseulée de l'empereur et en voit son existence bouleversée. Chih interroge la domestique au crépuscule de sa vie sur les divers objets peuplant sa maison. Leurs origines forment une histoire que les archives officielles ignorent et qui pourrait déstabiliser l'empire.
Le site de l'autrice : https://nghivo.com/





2 commentaires
Tu me rappelles que je ne me suis toujours pas lancé dans cette série alors que ça a pourtant toujours l'air aussi bien. Il serait temps de m'y mettre, surtout que les tomes commencent à s'accumuler !
RépondreSupprimerHeureusement, c'est très vite lu ! ;)
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