jeudi 8 avril 2021

La soudaine apparition de Hope Arden, de Claire North


C’est d’un livre audio offert pendant le premier confinement par les éditions Hardigan dont nous allons parler aujourd’hui. La soudaine apparition de Hope Arden, de Claire North, alias Catherine Webb ou Kate Griffin, traînait dans ma PAL numérique depuis un moment mais ce nouveau support m’a incitée à me lancer au cours d’une période où la lecture classique m’était difficile. Une première excursion pour moi dans l’univers de cette autrice, presque un coup de cœur.

Hope a 16 ans lorsqu’elle réalise qu’elle est en train de s’effacer de la mémoire de son entourage, proche ou moins proche. Après quelques secondes à peine sans la voir, moins d’une minute, les gens oublient jusqu’à son existence. Ses professeurs, ses amis, ses parents, tout le monde… Contrainte de quitter les siens, elle entre dans la clandestinité. On fait sa connaissance une dizaine d’années plus tard. Favorisée par ce “don” qui est le sien, elle est devenue une voleuse particulièrement habile. C'est alors qu'au hasard d’un voyage à Dubaï, elle découvre Perfection, une application censée rendre tous ses utilisateurs parfaits.

J’ai tout aimé dans ce bouquin, c’est simple. A commencer par la solitude et les interrogations de Hope, son désir tellement fort de redevenir “mémorable”. Peut-être est-ce lié à la voix de Manon Jomain qui se prête si bien, dans la version audio, à celle de Hope, je ne saurais le dire. Toujours est-il que je me suis sentie très proche de ce personnage, de ses réflexions sur la vie, de ses petites manies comme compter les choses ou à rebours pour se calmer, déclamer des définitions et des synonymes pour se raccrocher à la connaissance puisqu’elle n’a aucun repère social.

En dehors du personnage de Hope elle-même, l’intrigue est passionnante elle aussi. Perfection… Cette application qui prétend dicter les critères de la perfection est un véritable fléau et après le suicide d’une femme qu’elle en venait presque à considérer comme une amie, Hope est bien décidée à la détruire. Seulement pour cela, elle va avoir besoin d’aide et sur le Darknet, comment connaître les réelles allégeances des gens ? Trimballée entre deux agents aussi machiavéliques l’un que l’autre, Hope aura bien du mal à faire le tri. C’est un roman très original dans la forme comme dans le fond et d’une profondeur saisissante.

La narration est parfaitement en adéquation avec le sujet. Hope est éphémère, tout l’est aussi autour d’elle. Elle évolue à l’extérieur du monde, l’étudie comme un entomologue les insectes, avec une espèce de détachement désespéré. Pour exister, elle devra commencer par accepter sa condition. J’ai adoré ce roman, vraiment, et je le recommande bien volontiers, en tout cas dans sa version audio dont les échos résonneront longtemps en moi, je pense. Fascinant et addictif.

Note : ★★★★

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La soudaine apparition de Hope Arden, de Claire North
Editions Hardigan (2016) - 574 pages - Support audio - Science-fiction

Je m'appelle Hope Arden mais vous oublierez ce nom et jusqu'à mon existence. Nous nous sommes déjà rencontrés des milliers de fois. Je suis la fille dont personne ne se souvient. Tout a commencé quand j'avais seize ans. Un lent déclin, un isolement inéluctable. Mon père qui oublie de me conduire au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un prof qui omet de demander un essai que je n'ai pas rendu. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu'importe ce que je fais, ce que je dis, les blessures que j'inflige, les crimes que je commets. Vous ne vous souviendrez jamais de moi. On ne peut pas dire que ça me facilite la vie, mais ça fait aussi de moi une personne dangereuse.

Le site de l'autrice : https://www.clairenorth.com/

mercredi 7 avril 2021

De bonnes raisons de mourir, de Morgan Audic


Morgan Audic est un auteur français né à Saint-Malo. Ni russe, ni ukrainien. C’est pourtant en Ukraine qu’il plante l’intrigue de son second roman, De bonnes raisons de mourir, en pleine zone interdite autour de la centrale de Tchernobyl. Un thriller effrayant et glauque, à la construction assez classique mais aux personnages déchirants, qui vous prennent aux tripes, et dont l’ambiance toxique vous colle à la peau.

Nous sommes à Pripiat. Un cadavre est retrouvé suspendu à la façade d’un immeuble, mutilé. Il s’agit du fils d’un politicien russe dont la femme a été assassinée en 1986, le soir où la centrale a explosé. Serait-il possible qu’il y ait un lien entre les deux meurtres ? Deux enquêteurs : Melnyk, le flic local, et Rybalko, payé par le père de la victime pour faire la lumière sur cette affaire et buter l’assassin de son fils. Atteint d’un cancer inopérable, ce dernier se sait condamné alors aller traîner dans la zone irradiée en échange d’une belle somme pour sa famille, quelle importance ?

Le rythme est lent, chacun des deux protagonistes menant son enquête de son côté, avec des indices et des partenaires qui lui sont propres. L’enquête ne s’accélère que dans le dernier quart du roman, quand ils se rejoignent enfin. Mais le voyage prime sur la destination encore une fois, et quel voyage ! C’est une zone dévastée que l’auteur nous décrit là, cernée de barbelés et dont l’entrée est contrôlée. Pourtant, de nombreux trafics malsains s’y déroulent, dont les conséquences sont désastreuses partout dans le monde. Les gens sont malades, les enfants mutilés, certaines scènes vous prennent à la gorge, c’est dur, c’est sombre, c’est glauque.

Peut-être parce que je ne suis moi-même pas en super forme en ce moment, j’avoue que j’ai eu du mal à avancer. D’autant plus que l’un des deux personnages principaux est lui-même condamné et que le récit est parsemé de ses réflexions sur sa vie, ce qu’il a accompli ou pas, l’acceptation de sa mort annoncée. Il faut avoir le moral pour se lancer dans cette histoire, en fait ! Ce qui n’enlève rien à la qualité du roman, entendons-nous bien. L’intrigue tient parfaitement debout et elle est bien menée. On apprend plein de choses, dont la plupart font vraiment froid dans le dos.

Au final, un roman de qualité, à l’intrigue parfaitement maîtrisée, aux personnages bien construits, dont le gros point fort réside dans l’atmosphère pesante qu’il dégage. Impossible de parler d’un bon moment de lecture, cela m’a trop secouée, mais des qualités indéniables et un auteur à suivre, assurément.

Note : ★★★☆

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De bonnes raisons de mourir, de Morgan Audic
Editions Le Livre de Poche (2020) - 600 pages - Support papier - Thrillers & Polars

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d'un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d'une hirondelle empaillée. Et l'ombre d'un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé...

mercredi 31 mars 2021

Gabrielle, de Pierre Grimbert


La fantasy urbaine est un genre que je connais mal, n’ayant pas souvent eu l’occasion de m’y essayer. On y trouve en général des créatures surnaturelles dans un centre urbain assez proche du nôtre et j’avoue humblement que ça ne m’a jamais intéressée plus que ça. Seulement il est des noms, des personnalités, qui poussent à la curiosité, et quand Pierre Grimbert se lance dans un genre nouveau, je dis banco ! 21 Lames est sa nouvelle saga, dont Gabrielle est le premier tome.

Et c’est bien de la fameuse Gabrielle dont il est question. Étudiante un peu timorée, la demoiselle est un soir confrontée au surnaturel lorsque, au retour d’une soirée, elle est attaquée par des créatures qui semblent bien décidées à l’éliminer. Sauvée de justesse par un effrayant duo dont c’était la mission, la jeune femme va alors se retrouver entraînée bien malgré elle dans une guerre effroyable entre Lames et Arcanes d’un jeu de tarot grandeur nature.

Le gros point fort de ce récit, c’est, à mon sens, son contexte. J’ai beaucoup aimé cette histoire de lames personnifiées dans une lutte sans merci contre les démons des arcanes. Pierre Grimbert construit son univers avec habileté, tout colle parfaitement et on se laisse emporter avec la même curiosité que les héros qui peinent à assimiler ce qui leur arrive. Une société secrète pleine de mystère, à la hiérarchie clairement établie et aux rites immuables ; une trahison, une disparition, quatre candidats...

On s’y attache très vite d’ailleurs, à ces candidats. Gabrielle est une jeune femme un peu coincée mais face à l’adversité, elle réussit le tour de force de révéler des qualités hors du commun tout en restant elle-même. Il en va de même de Julian, joueur invétéré, bien moins habile à bluffer dans la vie qu’aux tables de poker. Et puis il y a Paul, le businessman ambitieux dont les longues dents rayent le parquet, ou encore Vicky, la guerrière déterminée à se faire sa place, par amour. Tous intéressants.

Et entourés d’une belle galerie de personnages secondaires pour interpréter les 21 lames du jeu de tarot, fascinants. L’intrigue se développe petit à petit autour d’eux. L’auteur prend son temps mais on ne s’ennuie pas. Le rythme est excellent, tout vient à point et les enjeux nous sont révélés au bon moment. Je me suis régalée et j’ai vraiment hâte de découvrir la suite. Est-ce que cela m’incitera à lire davantage de fantasy urbaine ? Je ne sais pas mais une chose est sûre : la balade était vraiment chouette !

Note : ★★★☆

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21 Lames, tome 1 : Gabrielle, de Pierre Grimbert
Editions Octobre (2021) - 360 pages - Support papier - Fantasy

Dans la guerre contre les Arcanes, un seul élu tirera la bonne carte. Un seul pourra devenir la 21e Lame. Avant cette nuit, Gabrielle était une étudiante sans histoire. Jusqu’à se retrouver traquée par des démons. Puis sauvée de justesse par des inconnus aussi effrayants ! Qui sont ces héritiers du tarot, menant une guerre de l’ombre au cœur même de la ville ? Quels sont leurs pouvoirs ? Et pourquoi s’intéressent-ils autant à Gabrielle ? Les deux hommes qui partagent son sort n’en savent pas davantage. Ils comprennent seulement qu’un seul des trois a une vraie chance de survie. Un seul pourra recevoir les talents surnaturels permettant de résister aux créatures des ténèbres ! Dès lors, la compétition est inévitable. Malgré les passions naissantes, et les rivalités amoureuses qui compliquent encore les choses. Ils doivent se préparer aux épreuves qui désigneront la 21e Lame. Car pour les autres, la partie sera terminée… Reste à savoir qui tirera la bonne carte. Et qui restera sur le tapis.

Le site de l'auteur : http://www.pierregrimbert.com/

vendredi 26 mars 2021

Le pays des grottes sacrées, partie 2, de Jean M. Auel


On se retrouve aujourd’hui avec le tout dernier tome des Enfants de la Terre, de Jean M. Auel, une saga que j’ai commencée il y a une petite éternité et pour laquelle mon intérêt est allé en s’amenuisant avec les tomes, malheureusement. À la décharge de l’autrice, c’est une saga au long court et écrire autant sur un peuple préhistorique sans tomber dans la redondance était juste mission impossible. On avait fait le tour de la petite vie d’Ayla à la neuvième caverne bien avant d’en arriver là.

Nous retrouvons donc notre héroïne là où nous l’avions laissée à la fin du tome précédent. Elle poursuit son initiation pour devenir Zelandoni, un parcours exigeant qui lui demande beaucoup de son temps et l’oblige à négliger quelque peu son compagnon Jondalar et leur fille. On sent bien qu’elle touche au but mais la dernière partie du chemin sera semée d'embûches. Jean M. Auel excelle toujours autant à faire vivre des personnages intéressants, denses et attachants, surtout qu’il s’agit de Cro-Magnon, la gageure était quand même de taille et mérite d’être saluée.

Malgré tout, cela ne suffit pas. Ou plutôt, cela ne suffit plus, à ce stade de la saga. Dans ce dernier tome, il ne se passe pas grand-chose, au final, et les redondances sont nombreuses. L’autrice a tendance à se répéter inlassablement sur le mode de vie de ce peuple, sur les peintures des grottes visitées par Ayla, sur les chevaux, le loup, la Zelandonii, le Chant de la Mère et même sur des événements passés pas si éloignés et dont on se souvient parfaitement ! Tout cela alourdit considérablement le récit, au point de le rendre limite indigeste.

Et quand enfin il se passe quelque chose dans la dernière partie du roman, c’est la dégringolade avec une intrigue qui n’est qu’une resucée de celle des Chasseurs de Mammouths. Même si l’on ne peut pas nier qu’avec sa saga, Jean M. Auel ait popularisé des notions jusque-là réservées aux paléontologues - le travail de recherche effectué est juste étourdissant -, il n’empêche que ce final est pour moi une réelle déception. Il n’apporte rien à la série en dehors de répétitions fastidieuses et il eut, à mon sens, mieux valu s’arrêter aux Refuges de pierre.

Note : ★☆☆☆

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Les Enfants de la Terre, tome 6 : Le pays des grottes sacrées, partie 2, de Jean M. Auel
Editions Pocket (2012) - 568 pages - Support audio - Littérature historique

Le Périple de Doniate d'Ayla la jeune Cro-Magnon continue. Son initiation aux secrets des shamans et le statut de Zelandoni auquel elle aspire sont exigeants, peu compatibles avec une deuxième grossesse et une vraie vie de couple. L'épreuve qu'elle va traverser avec son compagnon Jondalar transformera profondément la jeune femme et bouleversera les fondements mêmes de la tribu de la Neuvième Caverne.

Le site de l'autrice : http://www.jeanauel.com/

jeudi 25 mars 2021

Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali


J’ai découvert les écrits de Sarah Cohen-Scali en 2014 avec Max, l’histoire d’un petit garçon issu d’un Lebensborn nazi et complètement endoctriné. Un roman qui m’avait pas mal chamboulée, extrêmement dur, dérangeant, mais dont je n’étais que trop consciente de l’importance. Récemment, j’ai vu le film Jojo Rabbit, du réalisateur Taika Waititi, dont le héros est un petit allemand au nationalisme aveugle, encore une claque monumentale. J’étais dans le mood, j’ai enchaîné avec Orphelins 88.

On est clairement dans le même registre. Josh est un gamin amnésique qui porte un matricule de camp de concentration sur le bras. À la fin de la guerre en juillet 1945, retrouvé par les Américains, il échoue dans un orphelinat où l’on essaie de l’aider à se souvenir de qui il est, de ce qui lui est arrivé. C’est une véritable quête d’identité que l’autrice nous propose ici, pour ce gosse qui rêve en allemand, n’est pas circoncis et pourtant sort d’un camp ! Perdu dans un monde en pleine déliquescence, il est incapable de se reconstruire sans savoir qui il est. Et le chemin sera bien long...

C’est encore un roman très dur, bien sûr, où il est question de ces petits polonais blonds aux yeux bleus raflés par des nazis pour être rééduqués à la mode aryenne et adoptés ensuite par des Allemands pure souche, un SS dans le cas de Josh. L’histoire de ce gamin, celles des autres orphelins qu’il va rencontrer, sont juste bouleversantes. On pense souvent l’après-guerre comme une période de délivrance et de pur bonheur, mais c’est sans compter ces millions de gens qui se sont retrouvés certes libres mais sans rien, du jour au lendemain. L’enfer était loin d’être terminé pour eux.

Le récit est lent et va au rythme de la reconstruction de Josh. On suit son quotidien, la manière dont il rejette le conditionnement qu’on lui a fait subir, les quelques bribes de souvenirs qui lui reviennent peu à peu. C’est très sombre, très noir et pourtant deux adultes apportent une touche de lumière à tout ça : Ida, la directrice de l’orphelinat qui se démène pour ses petits pensionnaires, pour les aider à retrouver leur famille quand c’est possible ou à émigrer dans un autre pays comme l’Angleterre ou le Canada ; et Wally, un soldat noir américain solaire, lui-même en but au racisme dans son pays.

Un roman brut, qui met en lumière les horreurs de la guerre et notamment celles qu’ont pu vivre tous les orphelins 88. On a le cœur serré à la lecture de ces pages où l’autrice mêle très habilement fiction et réalité historique. Un roman certes difficile à encaisser mais qui apporte une lumière intéressante et assez inédite sur l’après-guerre et le sort de tous ces enfants livrés à eux-mêmes à la sortie des camps.

Note : ★★★☆

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Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali
Editions Robert Laffont (2018) - 336 pages - Support numérique - Littérature historique

Munich, juillet 1945. Un garçon erre parmi les décombres… Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? D'où vient-il ? Il n’en sait rien. Il a oublié jusqu’à son nom. Les Alliés le baptisent « Josh » et l’envoient dans un orphelinat où Ida, directrice dévouée, et Wally, jeune soldat noir américain en butte au racisme de ses supérieurs, vont l’aider à lever le voile de son amnésie. Dans une Europe libérée mais toujours à feu et à sang, Josh et les nombreux autres orphelins de la guerre devront panser leurs blessures tout en empruntant le douloureux chemin des migrants. Si ces adolescents sont des survivants, ils sont avant tout vivants, animés d’un espoir farouche et d’une intense rage de vivre. Un roman saisissant qui éclaire un pan méconnu de l’après-Seconde Guerre mondiale et les drames liés au programme eugéniste des nazis, le Lebensborn.