Certaines lectures sont une affaire de timing, de sensibilité, d'état d'esprit. Et puis il y a les classiques, ces monuments que tout le monde a lus, que la critique encense depuis des décennies, et face auxquels on arrive avec une pression presque intimidante. La bibliographie d’Ursula Le Guin, figure de la littérature de l'imaginaire, en fait partie. Autrice américaine née en 1929 et disparue en 2018, elle a construit une œuvre immense entre science-fiction et fantasy. Le sorcier de Terremer, publié en 1968, est le premier tome de son cycle de Terremer, un archipel imaginaire où la magie repose sur la connaissance des noms véritables des choses.
Le problème, c’est que le roman est écrit dans un registre narratif qui tient davantage de la chronique ou du conte oral que du roman d'immersion. Le narrateur raconte les événements avec une distance constante, comme s'il relatait des faits historiques advenus il y a longtemps, dans un pays lointain. Les années s'écoulent en quelques phrases. Les émotions sont résumées plutôt que montrées. Les scènes qui auraient pu être vécues de l'intérieur sont exposées de l'extérieur. Je suppose que c’est un choix délibéré, que l’autrice cherchait à retrouver le souffle de la légende transmise de génération en génération. Un parti pris littéraire respectable, mais pour moi, cette distance a été un mur. On m'a raconté une histoire plutôt que de me la faire vivre, et je n'ai jamais réussi à franchir le fossé.
Le personnage central, Ged, jeune garçon au don exceptionnel pour la magie, qui intègre une école de sorciers avant de libérer par orgueil une ombre maléfique qu'il devra ensuite affronter, aurait pu être une figure captivante. Le thème de l'ombre, du double obscur qu'on finit par devoir regarder en face, est puissant. Mais Ged ne m'a pas inspiré grand-chose. Pas parce qu'il est mal construit, il est cohérent, son arc narratif est clair, mais parce que cette distance narrative dont je parlais plus haut l'atteint de plein fouet. On nous dit qu'il est orgueilleux, qu'il souffre, qu'il grandit. On ne le ressent pas. On observe son évolution de loin, sans se sentir vraiment concerné.
L'intrigue elle-même est bien construite, mais là encore, la distance émousse l'urgence qu'on aurait pu ressentir. Les péripéties se succèdent sans vraiment provoquer de tension, les révélations arrivent sans véritable effet de surprise. J'ai lu jusqu'au bout sans passion, sans jamais être emportée. Peut-être que je n’étais pas dans les bonnes dispositions ? Ou peut-être que la plume d’Ursula Le Guin n’est pas faite pour moi ? En tout cas, à l’heure actuelle, je n’ai aucune envie de lire la suite de la saga, ni même de découvrir d’autres de ses écrits. Je passe !
Ged est un jeune gardien de chèvres. Il vit avec son père sur l'île de Gont. Il a appris quelques rudiments du Noble Art au contact de la sorcière de son village. Un jour, son village est attaqué par une armée de pillards. Ged parvient alors à protéger le village en faisant apparaître un épais brouillard. Ogion, un puissant sorcier qui vit sur Gont, accepte alors de prendre le jeune Ged comme élève. Mais, jugeant que son apprentissage n'est pas suffisamment rapide, Ged obtint de son maître qu'il soit envoyé à Roke, l'école de sorcellerie de Terremer. Le jeune homme y devient alors un puissant sorcier, mais trop sûr de lui il se laisse défier par un autre élève. Il libère alors l'Ombre qui cherche à le tuer. Ged après sa formation parcourt le monde, mais l'Ombre le traque : pire, elle possède une arme car elle connaît le nom secret de Ged, Ged commence par fuir l'Ombre, puis il la traque pour la combattre.








