mardi 24 mars 2020

Annihilation, de Jeff Vandermeer


Il se trouve que j’ai reçu le tome 2 de cette saga, intitulée La trilogie du rempart sud, au cours d’un swap littéraire. Vous allez me dire que ce n’est pas très réglo d’envoyer un deuxième tome quand on ne sait pas si la personne a lu le premier, et vous aurez raison. Il n’empêche que le quatrième de couverture m’a suffisamment donné envie pour que j’ajoute Annihilation, le tome 1 donc, à ma liste de souhaits et on me l’a offert pour mon anniversaire l’an dernier. C’est donc avec curiosité que je me suis lancée.

Jeff Vandermeer nous propose ici de découvrir, au travers d’un journal, les réflexions d’une biologiste appartenant à une expédition dans la Zone X. Mais qu’est donc cet endroit ? Eh bien, on ne sait pas très bien, en réalité. Un endroit étrange qui gagne peu à peu du terrain sur notre monde, un lieu où il s’est passé quelque chose, un truc qui a chamboulé les choses. Onze expéditions ont déjà eu lieu, dont rares sont les membres à être revenus et quand ils le sont, ils n’ont pas survécu longtemps. Ça fait envie, non ? Pourtant, notre biologiste est membre de la douzième expédition, et elle est venue de son plein gré !

Comment vous décrire ça ? Le premier mot qui me vient à l’esprit est : bizarre. Pour commencer, dans le ton, car l’auteur instaure tout du long une certaine distance entre le lecteur et ses personnages. Ces derniers n’ont ni nom ni prénom, on les désigne uniquement par leur rôle au sein de l’expédition : la biologiste, la psychologue, l’anthropologue… De prime abord, on a un peu de mal à s’attacher à l’héroïne et pourtant, plus on avance dans le récit, plus elle se livre et plus on se surprend à s’intéresser à elle et à ce qui lui arrive. En outre, son point de vue est totalement subjectif, ce qui rend les choses encore plus intéressantes du fait que ses perceptions pourraient, on le découvre peu à peu, être faussées.

Le second point fort du roman, c’est la Zone X elle-même. La nature y a repris ses droits ou plutôt, une certaine nature y a repris ses droits. Et ce n’est pas forcément celle que nous connaissons. Tout y est étrange, la faune comme la flore, et l’on pressent un danger, une menace qui tarde à se préciser. Ce n’est pas tellement que ça fait peur, c’est plutôt que ça oppresse, ça met mal à l’aise. Et puis on sait, des expéditions précédentes, que la zone est dangereuse, mais on ne sait pas en quoi et l’auteur maintient parfaitement bien son suspens. Le danger ne vient pas que de l’extérieur, il est psychologique aussi...

Au final, cela donne un texte très mystérieux. Un peu nombriliste aussi parfois, quand la biologiste se perd dans des introspections un peu longuettes, mais dans l’ensemble, ça se lit très bien. La curiosité finit par l’emporter sur la sensation de froideur que dégage l’ensemble au premier abord. L’intrigue est accrocheuse et l’atmosphère oppressante à souhaits. Une lecture agréable et originale. A découvrir.

Note : ★★★☆

Plus d'informations

La trilogie du rempart sud, tome 1 : Annihilation, de Jeff Vandermeer
Editions Au Diable Vauvert (2016) - 222 pages - Support papier - Science-fiction

"Toute cette région était désertée depuis des décennies, pour des raisons qui ne sont pas faciles à raconter. Notre expédition était la première à entrer dans la Zone X depuis plus de deux ans et la majeure partie de l’équipement de nos prédécesseurs avait rouillé, leurs tentes et abris ne protégeant plus de grand-chose. En regardant ce paysage paisible, je ne pense pas qu’aucune d’entre nous n’en voyait encore la menace."
La zone X est coupée du monde depuis des décennies. La nature y a repris ses droits. Quelques vestiges de civilisation subsistent dans une faune et une flore luxuriantes. La première expédition décrit une contrée idyllique. La deuxième s’achève sur un suicide de masse. Les membres de la troisième expédition s’entretuent, ceux de la onzième reviennent amorphes et succombent à un cancer foudroyant. Nous suivons la douzième, composée de femmes. Leur mission : cartographier le terrain et ne pas se laisser contaminer par la zone X.


Le site de l'auteur : https://www.jeffvandermeer.com/

Virtua'Livres 2020


On se retrouve aujourd'hui avec une belle initiative que j'avais envie de partager avec vous. À l'heure où nombre d'événements sont annulés pour cause de coronavirus, certains ont décidé de réagir avec l'organisation d'un salon du livre virtuel. Virtua'Livres se tiendra les 28 et 29 mars 2020, en direct d'un salon Discord : https://discord.gg/wwypR3b.

Comme il s'agit de la première édition, difficile de savoir précisément comment ça va se passer, mais a priori, il devrait y avoir plusieurs stands sur lesquels nous aurons l'occasion de discuter de vive voix avec des auteurs, des éditeurs, des illustrateurs, etc. ... Les liens vers les boutiques en ligne de chacun d'eux seront disponibles.

Ci-après, une petite vidéo de présentation :


Au plaisir de s'y rencontrer ! Prenez soin de vous.

mercredi 18 mars 2020

Délius, une chanson d'été, de Sabrina Calvo


Il est des aventures qui ne sont pas faites pour nous, y compris parmi celles que l’on fait au travers des pages d’un roman. On tente quand même, attiré par un parfum de fleur ou une splendide couverture de Cindy Canévet, mais la découverte est laborieuse, interminable et il faut parfois même se résoudre à renoncer. Cela n’a pas été le cas ici, mais on n’est vraiment pas passé loin. Délius, une chanson d’été de Sabrina Calvo et moi n’étions sans doute pas faits pour nous apprécier.

C’est l’histoire de Lacejambe, un botaniste, et de son acolyte B. Fenby, un duo à la Holmes et Watson en bien plus loufoques, qui vont se retrouver à enquêter sur une sombre affaire de meurtres perpétrés par le Fleuriste, ainsi nommé parce qu’il remplit les entrailles de ses victimes de fleurs. Si le point de départ semble original et intéressant, j’ai malheureusement très vite déchanté et ce, pour plusieurs raisons.

Les personnages pour commencer. Lacejambe et Fenby sont deux héros atypiques. J’ai le sentiment que l’autrice a cherché à les rapprocher au maximum de leurs homologues mais en appuyant trop le côté loufoque, ce qui les a rendus à mes yeux extrêmement agaçants. Certains de leurs échanges donnent l’impression de n’avoir ni queue ni tête et les affirmations de Lacejambe tombent souvent de nulle part. Tout comme les déductions qu’il fait tout au long de son enquête, déductions qui finissent par le conduire au tueur, on se demande bien comment.

L’univers ensuite. La mise en situation est inexistante ou pas assez développée à mon goût. Si dans certains romans contemporains, ce n’est pas spécialement gênant, quand il est question de rêves, de musique, de fleurs qui parlent, de fées disparues auprès desquelles l’écoulement du temps est différent et autres drôles de créatures, ça l’est davantage. A tel point qu’on ne sait plus distinguer ce qui relève du rêve de ce qui relève de la réalité de ce monde étrange. C’est pour le moins perturbant.

L’intrigue enfin, à mes yeux extrêmement confuse. Je ne sais si mon côté terre à terre est en cause, mais je ne suis pas sûre d’avoir tout compris. J’ai trouvé ça long, confus et pour finir carrément ennuyeux. Bref, vous l’aurez compris, je suis complètement passée à côté de ce bouquin. J’ai passé des jours à essayer de me convaincre de le reprendre alors que je n’en avais aucune envie. Alors sans doute que les amateurs d’onirisme apprécieront davantage la plume de Sabrina Calvo, mais en ce qui me concerne, je vais juste m’empresser de l’oublier et passer à autre chose.

Cela n'a rien d'un jugement de valeur, juste un ressenti sur une lecture qui n’était pas faite pour moi. Dommage...

Note : ☆☆☆☆

Plus d'informations

Délius, une chanson d'été, de Sabrina Calvo
Editions Mnémos (2019) - 304 pages - Support papier - Fantastique

1897. Le Fleuriste terrorise la bourgeoisie. Pourquoi ses victimes mutilées meurent-elles en riant ? Sur la piste du tueur, l'imprévisible Bertrand Lacejambe, botaniste, et B. Fenby, elficologue amateur, se lancent dans une étourdissante course contre la montre, un torrent de périples qui les mènera des rives du Vieux Continent aux portes du Nouveau Monde, des visions symphoniques du compositeur Frédérick Délius aux frontières de Féerie...

mercredi 4 mars 2020

La lame, de Frédéric Mars


On se retrouve aujourd’hui avec la chronique de La lame, de Frédéric Mars. J’ai découvert cet auteur en 2011 avec Non stop, un thriller paru aux éditions Black Moon. À l’époque, je renouais avec ce genre après quelques années de vache maigre et j’avais été littéralement happée par cette histoire. De loin en loin, j’ai donc suivi son parcours littéraire, découvrant Le manuel du serial killer mais aussi les deux tomes de sa saga jeunesse, Les écriveurs. Bref, je ne pouvais décemment pas rater son grand retour aux thrillers aux éditions Métropolis avec La lame.

Ce roman est une petite curiosité, ou un ovni si vous préférez. Malgré son titre, ne vous attendez pas à une histoire de serial killer sévissant à l’arme blanche, ça n’a rien à voir ou pas grand chose disons. C’est le récit d’une crise humanitaire et géopolitique qu’on nous dépeint ici et elle est effrayante de réalisme.

Tout débute en 2031 dans le quartier de la Solidarité à Marseille, où le corps affreusement mutilé d’une prostituée est retrouvé par la police suite à un appel anonyme. Simon M. est chargé de l’enquête et il la prend d’autant plus à cœur que sa propre fille a fait une overdose dans ce quartier quelques années plus tôt. Attention, l’entrée en matière est plutôt rude et Frédéric Mars assez cru dans les descriptions de cet univers de drogue et de proxénétisme. Cœurs sensibles s’abstenir !

En parallèle, on suit deux autres personnages, deux autres histoires. Celle de Bako Jackson, le Président de la République Française qui prépare sa réélection alors qu’il est en butte à une enquête concernant le financement de sa précédente campagne. Et celle de Sékou Williams, professeur nigérian qui perd tout lorsqu’une vague-submersion s’abat sur sa ville de Lagos, au Nigéria. Sans surprise, ces trois récits vont finir par se rejoindre avec la mise au jour d’un gigantesque complot international.

Je n’en dirai pas plus pour ne spoiler personne. Sachez seulement que Frédéric Mars a dû faire un extraordinaire travail de documentation pour nous offrir un récit d’anticipation au réalisme confondant. Il s’appuie sur des éléments factuels, des études et des statistiques réelles et récentes et ça fait mouche. Car il nous bouscule, nous confronte à nos contradictions et on s’interroge. C’est un roman engagé, sur un sujet particulièrement sensible mais l’auteur s’en sort plutôt pas mal si l’on excepte le dénouement, qui m’a paru un poil facile après tout ça.

On sort de cette lecture un peu sonné, avec le sentiment que le monde tremble sur ses fondations et qu’il est temps d’ouvrir les yeux et de pousser nos dirigeants à l’action. Un thriller atypique, à n’en pas douter.

Note : ☆☆

Plus d'informations

La lame, de Frédéric Mars
Editions Métropolis (2019) - 506 pages - Support papier - Thriller et Polar

Le thriller choc sur le boom démographique prévu par le Renseignement français.
Dans une France proche et obscure à la cité de La Solidarité, quartiers nord de Marseille : l'officier de PJ Simon Mardikian découvre le cadavre ravagé d'une jeune prostituée noire, Joy, alias Queen, sans identité définie. Son enquête sur les réseaux mêlant drogues, migrants et traite d'êtres humains ne fait que commencer.
Le lendemain, à Lagos, capitale du Nigéria, dans le bidonville flottant de Makoko, l'instituteur Sékou Williams tient tête au dealer Kaza qui cherche à recruter des revendeurs parmi ses élèves. Mais soudain s'abat une immense vague-submersion, dispersant des milliers de réfugiés à travers le continent africain.
Au même moment, à l'Élysée, le président de la République Bako Jackson annonce sa candidature à sa propre réélection. Il en profite pour dévoiler le renforcement du dispositif Frontex. C'est sa fermeté sur les questions migratoires qui a valu à ce fils de pasteur nigérian de ravir le pouvoir à l'extrême droite en 2027. À peine a-t-il achevé son allocution qu'on lui annonce la catastrophe climatique de Lagos.
Ces trois histoires ne vont pas tarder à se rencontrer, d'une manière qui pourrait bien changer le monde. Ce qui va les réunir ? Une lame, rien qu'une lame, qui déjà déferle et emporte tout sur son passage...


La page Facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/fred.mars2

samedi 22 février 2020

L'institut, de Stephen King


Stephen King a toujours été particulièrement inspiré quand il s’agit de parler d’enfants en butte à des phénomènes qui les dépassent. Pourtant, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas abordé ces rivages et c’est donc avec une grande impatience que j’attendais la sortie de L’institut, dont le quatrième de couverture laissait présager comme un retour aux sources. Certaines rumeurs évoquaient également des liens avec La tour sombre. Autant dire que je ne pouvais pas passer à côté.

Dans la première partie cependant, il n’est question d’aucun enfant. On découvre Tim Jamieson, ex-flic de Sarasota. C’est un homme en quête de rédemption qui, lors d’un périple en direction de New York où il espère obtenir un job dans une société de sécurité, fait une escale plus ou moins prolongée dans la petite ville de DuPray où il se fait embaucher en tant que veilleur de nuit. C’est un homme bon qui ne cherche pas les histoires et s’attire rapidement la sympathie de ses collègues.

Nouvelle partie, nouveau personnage. King nous transporte ensuite du côté de Minneapolis où l’on fait connaissance avec le jeune Luke Ellis, un pré-adolescent aux capacités intellectuelles extraordinaires et doté d’un vague talent de télékinésie, qui vient d’être accepté dans deux prestigieuses universités. Mais voilà, au cours d’une nuit, Luke est arraché à ses parents et à son domicile, et emmené à L’institut, un complexe isolé au cœur de l’état du Maine. Il y retrouve d’autres enfants, aux capacités psychiques peu ou prou identiques aux siennes.

Comme souvent, King prend son temps. Cela décourage parfois certains lecteurs mais je suis, quant à moi, intimement convaincue que c’est aussi ce qui fait toute la richesse et l’impact de ses livres : un univers bien construit, des héros fouillés et des sujets d’actualité. Il a expliqué lors d’une interview que, quand il a commencé ce livre, il voulait juste écrire une histoire sur “des enfants sans défense qui sont enfermés et qui doivent s’unir pour combattre ces cruels adultes qui procèdent à des expériences sur eux”. Il pensait aux expérimentations de la CIA du début des années 50 ainsi qu’aux expériences nazies de la Seconde Guerre Mondiale.

“J’essaye de séparer mes opinions politiques de mes histoires mais la frontière est mince, comme une membrane poreuse que les idées traversent [...] Parfois la vie suit son cours et imite l’art.” La fiction lui a échappé et est devenue réalité lorsque Donald Trump s’est mis à enfermer des enfants dans des cages dans les camps de migrants aux frontières américaines. Malgré tout, on a souvent reproché à King le manichéisme de ses histoires, spécialement lorsqu’elles concernent des enfants. Mais que dire de la fin de L’institut ?

M'est avis qu'elle est d’autant plus dérangeante qu’en ce début d’année 2020, on a parfois le sentiment qu’il ne faudrait pas grand chose pour que l’équilibre du monde bascule sur son axe et que la Tour s’effondre...

Et si vous cherchez des informations sur Stephen King ? Je vous recommande les deux communautés francophones de référence : Stephen King France & Club Stephen King.

Note : ★★

Plus d'informations

L'institut, de Stephen King
Editions Albin Michel (2020) - 601 pages - Support numérique - Fantastique & Horreur

Au coeur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l'Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu'elle n'a pas de fenêtre. Dans le couloir, d'autres portes cachent d'autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu'attend-on d'eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s'enfuir ?

Le site de l'auteur : https://stephenking.com/