mardi 21 juin 2022

Le livre de Koli, de M. R. Carey


Deuxième excursion dans l’univers de M. R. Carey après Celle qui a tous les dons, avec Le livre de Koli. On est à nouveau dans un monde post-apocalyptique. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé mais le monde a changé. La nature est devenue hostile, l’humanité a été décimée et la civilisation a régressé. Les rares groupuscules encore en vie s’abritent derrière des remparts où ils sont revenus à une société primitive, incapables de comprendre les technologies du passé, les vénérant pourtant.

On suit les pas de Koli, jeune garçon de quinze ans qui doit passer l’épreuve au cours de laquelle on le mettra en présence d’un “tech” pour voir s’il s’éveille à la vie pour lui. Si c’est le cas, il rejoindra la classe la plus haute de la société, un élu chargé de protéger le village des menaces extérieures, un membre de la famille régnante, les Vennastin. Sinon il restera ce qu’il est et a toujours été, à savoir un jeune homme modeste, et obéissant aux Vennastin surtout.

Le récit est à la première personne, c’est Koli lui-même qui nous raconte son histoire, avec son phrasé personnel et sa totale ignorance du subjonctif. C’est très certainement un moyen pour l’auteur de nous immerger un peu dans l’histoire, comme d’autres parsèment leurs textes d’expressions populaires, voire de grossièretés, mais ces fautes de temps m’ont sortie de ma lecture et j’aurais préféré qu’il s’abstienne. Un détail, mais un détail dérangeant, en ce qui me concerne.

Du côté de l’intrigue, on est dans une dystopie YA assez classique, je dirais. Un monde en déroute, ceux qui en profitent, ceux qui subissent. Et notre héros fait bien évidemment partie de la seconde catégorie. Son éveil à la réalité des choses s’accompagne de moult épreuves, une vraie quête initiatique au cours de laquelle Koli perd sa naïveté d’enfant. On retrouve toutes les thématiques chères au genre : la soif de pouvoir des uns, le désir de liberté des autres, la morale et la religion.

L’un des points forts du roman tient peut-être à la naïveté de Koli. C’est un esprit vierge, qui ne prend la mesure des événements que bien après qu’ils se soient déroulés, un personnage plein de nuances qui s’interroge beaucoup, observe et se trompe. Un premier tome sympathique mais qui reste pour moi très, voire trop, classique. Je demande encore à être convaincue par la suite des aventures de Koli, que j’ai bien l’intention de me procurer prochainement.

Note : ☆☆

Plus d'informations

Rempart, tome 1 : Le livre de Koli, de M. R. Carey
Editions L'Atalante (2021) - 380 pages - Support numérique - Science-fiction

La vie est rude à Mythen-Croyd, deux centaines d’âmes, au nord d’un pays qui s’appelle l’Engleterre. Et au-delà des murs du village règne une nature sauvage, ce qui n’est pas une façon de parler : tout ce qui vit est dangereux ; ce qu’on veut manger se défend et ce qui veut vous manger est innombrable. Pour Koli, quinze ans, l’avenir est tracé à la scierie familiale, sauf à devenir un Rempart, un des privilégiés du village, ceux qu’ont reconnus et choisis les « techs » anciens qui permettent d’assurer la protection de la communauté. Pas facile de réussir l’épreuve : une seule famille accapare les techs et les garde jalousement. Mais Koli ne renonce pas. Il se fera Rempart à Mythen-Croyd. Il a tout faux.

La page Facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/MRCareyAuthor/

mercredi 15 juin 2022

Quand vient la horde, d'Aurélie Luong


Inspiré de séjours en Corée et au Turkménistan, Quand vient la horde est un récit de dark fantasy où il est question de guerre, de complots, de trahison et de vengeance. Premier roman d’Aurélie Luong, on y découvre un personnage féminin fort à la tête d’une troupe de mercenaires pas comme les autres, prête à tout pour accomplir sa vengeance et le destin qu’elle s’est choisi.

Ivan est un jeune paysan idéaliste et altruiste, dont le rêve ultime est de rejoindre la classe dirigeante de son pays, une Corée imaginaire, pour faire évoluer les choses et rendre la vie des petites gens meilleure. Enlevé par une troupe de mercenaires sous les ordres de celle que l’on surnomme la Putain Blanche, il finira par trouver, au sein de la horde, une place privilégiée qu’il n’imaginait pas pouvoir un jour se faire. Sera-ce pour le meilleur ou pour le pire ?

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en me lançant dans ce roman, j’avais juste été attirée par le quatrième de couverture mais je n’avais rien lu d’autre à son sujet. Bien m’a pris de m’y intéresser car c’est une petite pépite. C’est un roman dur et sombre qui traite de vengeance et d’amitié, mais aussi de violence et de trahison. Beaucoup de batailles dans ce récit, car on suit des mercenaires qui ne font pas dans la dentelle, mais aussi beaucoup d’humanité, grâce à deux personnages intéressants et attachants.

Ils sont clairement le point fort de cette histoire. Ivan évolue à chaque bataille. Lui qui ne pensait qu’à trouver le moyen de s’enfuir à son arrivée dans la horde finit par s’y faire une place, par s’intégrer à la communauté jusqu’à découvrir une facette insoupçonnée de sa propre personnalité. La chute n’en sera que plus rude et j’avoue que je ne l’ai vraiment pas vue venir. Il y a aussi Yekatelina, guerrière implacable au magnétisme ravageur et aux mille-et-une facettes, et puis la horde en elle-même, qui est presque un personnage à part entière.

Je ne m’attendais vraiment pas à accrocher autant mais j’ai été happée par cette histoire. J’ai pris le retournement de situation du dernier quart en pleine tête. C’est dur mais tellement réaliste. J’aurais pourtant dû m’y attendre, tous les indices étaient là, mais ça a été une grande claque qui m’a fait dévorer la suite, littéralement. Nos deux héros arrivent au bout d’eux-mêmes et on sent qu’il va y avoir de gros dégâts. On s’identifie tellement bien à l’un comme à l’autre.

La plume d’Aurélie Luong est juste, elle n’en fait ni trop ni pas assez. Pour un premier roman, c’est assez impressionnant. Une plongée en enfer toute en nuances, où se mêlent guerre, trahisons et vengeance. Un récit violent aux personnages pourtant très humains et pas manichéens pour deux sous. Un page-turner extrêmement addictif que je recommande à grands cris.

Note : 

Plus d'informations

Quand vient la horde, de Aurélie Luong
Editions Scrineo (2022) - 380 pages - Support papier - Fantasy

« On murmurait les terres saccagées, les vivres extorquées à vil prix, les rangées de têtes tranchées, les champs de cadavres mutilés, les filles disparues, les orgies. Car à la tête de tous ces hommes, il y avait celle qui se faisait appeler la Putain Blanche. Ses cheveux blancs lâchés comme ceux des prostituées, ses vêtements indécents, ses yeux rouges, attributs d’une créature de l’Abysse, étaient de toutes les rumeurs. »
Dans une Corée médiévale devenue colonie russe, Ivan, un paysan droit et idéaliste, vit un quotidien morne où son seul but est de survivre un jour de plus. Il rêve pourtant de passer le concours pour devenir magistrat. Mais tout bascule lorsqu’il est enlevé par la Horde Blanche, une troupe de mercenaires dirigée par la Putain Blanche et connue pour faire couler le sang partout où elle passe. Utilisé comme appât pour assouvir une vengeance, Ivan décide d’entrer dans leur jeu, à ses risques et périls… Car quand vient la Horde, la mort n’est pas loin…

La page Instagram de l'autrice : https://www.instagram.com/aurelie_luong/

lundi 6 juin 2022

L'adversaire, de Pierre Pevel


On se retrouve aujourd’hui avec une saga et un auteur que j’aime beaucoup, à savoir Haut-Royaume, de Pierre Pevel. Avec ce quatrième tome, intitulé L’adversaire, on laisse de côté la guerre des trois princes pour s’intéresser enfin à un sujet dont l’auteur fait mystère depuis le tout début de l’histoire, la destinée de Lorn. Et Dieu sait qu’elle est compliquée ! J’ai lu des chroniques assez sévères sur cet opus qualifié de tome de transition, mais il apporte néanmoins des éléments assez cruciaux concernant notre héros.

Le récit reprend à la fin du tome précédent. Trahie par le Haut-Roi, la Garde d’Onyx a été massacrée et Lorn a dû libérer le spectre de Serk’Arn, le Dragon de la Destruction, lequel l’a guéri de l’Obscure en récompense. Blessé, traqué, notre chevalier est en fuite et se terre auprès des rares alliés qu’il lui reste. Il culpabilise pour la mort de ses compagnons et essaie de redonner un sens à sa vie, mais ça ne va pas sans mal. Après le désir de vengeance, c’est plus celui de disparaître, de se faire oublier, qui s’empare de lui. Pourra-t-il tourner le dos à sa destinée ?

L’adversaire est essentiellement consacré à Lorn et ses interrogations. Alors de ce point de vue, on peut en effet parler de tome de transition car il ne s’y passe rien de vital pour le Haut-Royaume. Mais pour Lorn, les évènements sont importants, très importants. On a enfin la réponse à une question cruciale de la saga : Lorn a-t-il réellement une destinée, et si oui, quelle est-elle ? Beaucoup de choses s’expliquent enfin dans le comportement du chevalier ainsi que dans celui des Gardiens de l’Assemblée d’Ir’kans, les garants de la volonté du Dragon du Destin. Alors Prince Noir ou Chevalier à l’Epée ? Ne comptez pas sur moi pour vous le révéler ici !

Un tome consacré à Lorn, certes, mais cela ne signifie pas qu’on en oublie les intrigues et complots du Haut-Royaume. Tandis que le Haut-Roi Aldéran, au sommet de sa puissance, sombre dans la colère et la haine sous l’emprise d’un sorcier d’Obscure, le Prince-Cardinal Jall bascule dans le fanatisme et devient prêt à tout pour libérer la Veuve Rouge et anéantir tous ses opposants. Tome de transition ? Peut-être mais je l’ai personnellement trouvé fort à propos et j’ai été emballée par les découvertes que j’y ai faites. Le prochain volume marquera probablement le début d’une nouvelle ère, et j’ai hâte de m’y plonger.

Note : 

Plus d'informations

Haut-Royaume, tome 4 : L'adversaire, de Pierre Pevel
Editions Bragelonne (2020) - 403 pages - Support numérique - Fantasy

Détruite et diffamée, la Garde d'Onyx n'est plus. Désormais seul, Lorn n'a plus qu'un projet, la vengeance. Mais la guerre des Trois Princes n'est pas achevée et le Haut-Royaume reste déchiré. Et tandis qu'une ancienne menace ressurgit et promet de nouvelles Ténèbres, Lorn semble ne pas en avoir fini avec les ambitions du Dragon du Destin. Héros, proscrit ou ennemi ? Le choix lui appartient.

dimanche 29 mai 2022

Cuits à point, d'Elodie Serrano


Londres, mystification et surnaturel ! Voilà trois mots qui résument assez bien ce court roman d’Elodie Serrano, une autrice que j’apprécie beaucoup de côtoyer sur le forum de l’Atelier Perché. Il m’est donc d’autant plus difficile d’écrire cette chronique, car j’ai un peu l’impression d’être passée à côté. Pourtant, un dragon, quoi, j’aurais dû apprécier ! Malheureusement, si le noble animal a bien sûr su éveiller mon intérêt, il n’a pas suffi à masquer les maladresses de l’ensemble.

On suit Anna et Gauthier, deux démystificateurs appelés à Londres pour mener l’enquête sur la canicule qui s’est abattue sur la capitale anglaise alors qu’on est en plein hiver. Créature surnaturelle ou machine diabolique ? Telle est la question à laquelle ils vont devoir répondre, en association avec un enquêteur très british et sa nièce. Une intrigue légère et pleine d’humour, avec des personnages aux traits grossis, pour ne pas dire caricaturaux. Un roman qui ne se prend pas au sérieux.

Sauf que l’humour et moi, ça fait deux, vous l’avez sûrement déjà compris. Si l’intrigue ne manque pas de belles idées, je n’ai pas réussi à accrocher à cette lecture. Les personnages n’ont pas su me toucher. Ils sont pourtant dotés de personnalités fortes mais ils m’ont juste agacée. J’ai trouvé qu’ils manquaient de naturel, jusque dans leurs échanges. Ils n’ont vraiment pas la langue dans leur poche et ce, au mépris de l’enquête. On a même parfois du mal à comprendre la logique de leurs actions. Cela les fait passer pour deux insouciants et ça ne colle pas vraiment avec leur position d’experts renommés appelés au secours par les Anglais.

Le rythme est soutenu, sans doute un peu trop. L’autrice ne s’embarrasse pas de péripéties superflues, elle sait où elle va et le mystère retombe malheureusement un peu trop vite. On devine très rapidement quelle est la cause de cette canicule et on en a la confirmation dès la moitié du roman. Du coup, la suite tombe un peu à plat. Je m’attendais à quelque chose de plus recherché, disons. Malgré tout, on sent bien qu’Elodie Serrano s’essaie à une critique de cette société anglaise engoncée dans ses préjugés et sa misogynie, deux thématiques intéressantes et plutôt bien développées.

Au final, à mon grand regret, cette lecture n’a pas su soulever chez moi l’enthousiasme que j’escomptais. L’ensemble m’a paru maladroit et j’ai eu bien du mal à rentrer dedans. Les personnages m’ont un peu agacée par leur aspect caricatural et l’intrigue ne s’est pas avérée très palpitante. Une déception, mais je m’essaierai sans doute bientôt à un autre roman pour découvrir un autre aspect de cette autrice.

Note : ☆☆

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Cuits à point, de Elodie Serrano
Editions ActuSF (2020) - 283 pages - Support numérique - Fantasy

Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d'arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d'un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu'on est en plein hiver et que le reste de l'Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Le site de l'autrice : https://elodieserrano.wordpress.com/

mardi 24 mai 2022

Meute, de Karine Rennberg


On se retrouve aujourd’hui avec un roman qui fait le buzz en ce moment : Meute, de Karine Rennberg. Un roman d’urban fantasy que je n’aurais probablement pas acheté sans les conseils avisés de certaines autrices de ma connaissance, et que je me suis finalement procuré au salon Gresimaginaire. Grand bien m’en a pris car c’était une très jolie découverte.

On suit Nathanaël, un loup-garou solitaire qui peine à s’intégrer dans la meute de Marc, celui qui se propose d’être son alpha parce qu’il l’a aidé lors de ses premières transformations. Très proche de Val, son coéquipier, lequel n’est pas un loup-garou mais appartient à un gang, Nath aime autant la bagarre que sa tranquillité. Lorsque Marc lui demande de veiller sur un petit nouveau l’espace de quelques jours, sa vie va en être complètement bouleversée.

On est dans un genre de post-apo où les gangs ont pris le contrôle d’une ville qui n’est pas nommée, et où les ressources comme l’électricité, l’essence et les produits frais sont difficiles à trouver. L’univers est à peine esquissé mais ce n’est pas vraiment dérangeant. Ce qui importe ici, ce sont les relations entre les personnages et leur évolution. De ce point de vue-là, le roman est très réussi. Il y a bien une enquête sur des enlèvements de loups-garous mais elle passe un peu au second plan de l’intrigue. En fait, tout l’enjeu tourne autour du jeune Calame, complètement coupé du monde par son traumatisme et qu’il s’agit de ramener au sein de la meute.

Deux particularités à signaler dans le style de l’autrice, quand même. Pour commencer, le récit est à la deuxième personne du singulier. Autant vous dire que c’est très déstabilisant et qu’il m’a fallu près d’une centaine de pages pour m’y faire, d’autant plus qu’il y a trois personnages principaux. J’avais parfois bien du mal à savoir qui était ce “tu” dont on me parlait. On finit par s'habituer, mais je ne suis définitivement pas fan. Cela complique la lecture sans apporter grand-chose au final.

La seconde singularité, c’est que Calame voit et pense le monde en couleurs, il entend même ce qu’il appelle le chant des couleurs. Il distingue des espèces d’auras colorées autour des gens et des choses, et interprète les sentiments à coups d’orange désert, orange acide ou encore de bleu protection et vert vigilance. Encore une fois, c’est assez spécial, mais j’ai plutôt bien aimé cet aspect, qui illustre très bien les ressentis du loupiot.

Finalement, le roman fait mouche parce que les relations entre les personnages fonctionnent très bien. Ils sont vraiment touchants et on s’attache à eux presque sans s’en apercevoir. Seul bémol, qui ne relève pas de l’autrice mais de son éditeur, le nombre de coquilles qui restent dans le texte ! J’en ai rarement vu autant et c’est le genre de choses qui me rend dingue. Ce n’est vraiment pas sérieux et l’histoire de Karine Rennberg méritait mieux que cela.

Note : 

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Meute, de Karine Rennberg
Editions ActuSF (2022) - 568 pages - Support papier - Fantasy

Roman atypique lycantrope, Meute suit Nathanaël, Val et Calame. Si le premier est un loup-garou né de la violence et la solitude, le second est un humain à qui l'on a volé la voix alors que le troisième est un loupiot traumatisé, incapable d'accéder à la moindre autonomie. Ce récit fantastique est avant tout celui d'une tranche de vie, de ce moment où tout bascule entre le noir et la lumière. Karine Rennberg est une autrice nantaise. Elle taille ses personnages dans la pierre en nuance de gris, de ceux à porter du sang en parure pour vous emmener dans les recoins sombres de l'imaginaire lupin.

Le site de l'autrice : http://www.karine-rennberg.com/