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Arula Ratnakar mène actuellement des recherches sur le développement neurologique embryonnaire à l'université de Boston. En parallèle, elle écrit de la science-fiction. Ce détail n'est pas anodin : il explique à la fois les grandes qualités de Submergée et son principal défaut. Quand un scientifique écrit un roman dans son domaine d'expertise, il peut donner au récit une crédibilité rare, mais il peut aussi oublier en chemin que ses lecteurs ne partagent pas forcément ses connaissances. C'est exactement ce qui se passe ici. Pourtant, Submergée vaut qu'on s'y attarde.

L'humanité est victime d'épidémies de plus en plus nombreuses, en lien avec le réchauffement climatique. Les chercheurs essayent de trouver des remèdes. Noor a orienté ses travaux vers les fonds marins, jusqu’à ce qu’elle décède dans des circonstances troubles. C'est là qu'entre en scène Nithya, une autre scientifique, chargée d'enquêter sur la mort de sa consœur. C’est ainsi qu’à l'aide d'une technologie mémorielle, elle va accéder aux souvenirs de Noor, autant sur les plans professionnels que personnels. À mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de Noor, jusqu'à ce que les limites entre elles s'estompent. 

Cette dissolution progressive des frontières entre deux identités est au cœur du texte et fonctionne plutôt bien. S'ajoute à cela une troisième figure, Irène, la compagne de Noor, qui complète ce trio féminin autour duquel le récit s'organise. On est donc sur trois femmes, trois destins entrelacés, une enquête qui est aussi une plongée intime, et cette architecture narrative est bien trouvée. Le problème, c’est que la hard SF peut rebuter, car pas forcément très accessible aux novices. Les termes neuroscientifiques s'accumulent, et si on peut suivre l'intrigue sans les maîtriser, ces passages constituent de vraies zones de turbulences. En ce qui me concerne, je me suis vite résolue à survoler certains passages sans trop chercher à comprendre, sans quoi j’aurais tout bonnement refermé le livre. C’est un peu dommage.

Heureusement, les trois héroïnes rattrapent le coup. Le récit interroge les limites de l'éthique scientifique à travers des personnages profondément humains. C'est là son véritable atout. Submergée est une novella ambitieuse, à l'idée de départ vraiment prometteuse, qui tient globalement ses engagements. L'univers est cohérent et crédible, les personnages sont attachants, et les questionnements éthiques valent le détour. Mais la hard SF pourra décourager les lecteurs non initiés.

Note : ★★★☆☆ 

Plus d'informations

Submergée, de Arula Ratnakar
Editions Argyll (2026) - 95 pages - Support papier - Science-fiction

Confrontée à d’incontrôlables épidémies nées du dérèglement climatique, l’humanité a cherché dans les fonds marins une solution miracle à ses maux, exploitant la faune comme la flore, quitte à provoquer un désastre environnemental plus grave encore. Après la mort dans des circonstances tragiques d’une brillante scientifique, Nithya enquête sur ses travaux. À l’aide d’une technologie mémorielle, elle revit tous les moments importants de la vie sa consœur, de la recherche d'un remède à ses préoccupations les plus intimes. Mais à mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de l’autre femme. Jusqu’à ce que les limites entre elles s’estompent ?

Le compte Instagram de l'autrice : https://www.instagram.com/arula.ratnakar/


Talisman, de Stephen King et Peter Straub, fait partie de ces livres que j’ai lus à l’adolescence et dont je garde un excellent souvenir. Celui d'une grande aventure, d'un univers qui déborde de chaque page et de personnages qu'on n'oublie pas facilement. Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé Other Worlds Than These en version originale, est annoncé en France en début d’année prochaine, alors quand on m’a proposé une lecture commune pour se remémorer les deux précédents opus, j’ai dit : banco !

Publié en 1984, Talisman résulte de la collaboration de deux monstres du fantastique : Stephen King, qu'on ne présente plus, et Peter Straub, auteur américain de dark fantasy et d'horreur, notamment connu pour Ghost Story. Une collaboration au long cours, puisqu'ils cosigneront ensemble la suite, Territoires, en 2001. Peter Straub est décédé en 2022, et c'est donc seul que King a écrit le troisième tome, en s'appuyant néanmoins sur des idées que Straub lui avait laissées.

Jack Sawyer a douze ans, et le poids du monde sur les épaules. Sa mère, Lily, ancienne reine des séries B, est en train de mourir d'un cancer, et ils se sont installés dans un hôtel d'Arcadia Beach, dans le New Hampshire, pour fuir Morgan Sloat, l'associé du père défunt de Jack. C'est là que le vieux Speedy Parker, joueur de blues devenu gardien d'un parc d'attractions, lui révèle l'existence d'un autre monde : les Territoires, et d’un talisman qui, seul, peut sauver sa mère mourante. Jack va traverser l'Amérique d'est en ouest, basculant alternativement dans notre monde et dans les Territoires, pour trouver ce talisman.

Comme nombre des enfants héros de King, Jack est un personnage attachant dès les premières pages. C’est un gamin terrorisé, épuisé, qui avance parce qu'il n'a pas le choix. Cette vulnérabilité, combinée à une détermination qui s'affirme au fil des pages, le rend immédiatement humain. On souffre avec lui, on tremble avec lui, et quand il trouve des alliés, on est aussi soulagé que lui : loup-garou candide débarqué dans notre monde sans en comprendre les règles, Wolf est l'un des personnages les plus touchants que j'aie rencontrés ; puis vient Richard, rationaliste obstiné en plein déni, qui refuse de croire à la réalité des Territoires. Si Jack est le cœur du roman, ses compagnons de route successifs en sont l'âme.

Et puis il y a les Territoires… Ce monde parallèle au nôtre, médiéval et magique, n'est pas seulement un décor, il est la colonne vertébrale du roman. Chaque personne de notre monde a son double dans les Territoires, et quand l'un meurt, l'autre meurt généralement aussi. Jack lui-même est le gémellin du fils de la Reine des Territoires, Jason, mais ce dernier est mort, alors que Jack, non. Ce qui fait de lui un être unique, sans double, capable de se mouvoir librement entre les deux mondes.

Relire Talisman avec des yeux d'adulte, c'était redécouvrir un roman plus riche qu'il n'y paraît. L'écriture à quatre mains est parfaitement homogène. Le rythme est celui d'un road novel fantastique, et si certains passages sont un peu longs, c'est parce que King et Straub prennent le temps d'installer une vraie tension, une vraie menace. Il me tarde maintenant de replonger dans Territoires, le tome 2, et cette lecture commune est prévue en fin d’année. Je meurs déjà d’impatience !

Note : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 

Plus d'informations

Le Talisman des Territoires, tome 1 : Talisman, de Stephen King & Peter Straub
Albin Michel (2024) - 800 pages - Support numérique - Fantastique

Une plage déserte, quelque part sur la côte Est des États-Unis. Jack Sawyer, douze ans, scrute l'horizon en proie à de sombres pensées... Sa mère, une ex-reine des séries B, se meurt d'un cancer, et Jack désespère de pouvoir l'aider. Le vieux Speedy Parker, joueur de blues devenu gardien du parc d'attractions voisin, lui révèle l'existence d'un autre monde, qu'il appelle les Territoires. Cet endroit magique ressemble à celui du cycle de La Tour sombre. Le ciel y est transparent et profond. Les senteurs sont plus fortes, et tout y est soudain plus clair. C'est là que se trouve le Talisman, le seul remède qui puisse sauver sa mère. Cependant ce monde féerique est aussi terriblement dangereux. Après des semaines d'épreuves au cœur de l'enfer et du désespoir, sautant d'une Amérique hyperréaliste et cruelle aux Territoires ensorcelés, Jack finira par découvrir le Talisman. Mais saura-t-il résister à la force extraordinaire qui s'emparera alors de lui et vaincre ses propres démons ?

Le site de l'auteur : https://stephenking.com/index.html


Quand le tome 2 écrase le tome 1 ! Si, si, je vous jure ! Bon, reprenons dans l’ordre… Pierce Brown est un auteur américain de science-fiction dont la saga Red Rising a fait l'effet d'une bombe à sa sortie, en 2014. Red Rising, le premier tome, nous plongeait dans un futur lointain où l'humanité a colonisé le système solaire et s'est organisée en une société de castes codifiées par la couleur : les Rouges au bas de l'échelle, mineurs exploités sur Mars, et les Ors tout en haut, seigneurs absolus d'un empire interplanétaire. Darrow est un Rouge infiltré parmi les Ors, transformé physiquement et culturellement pour devenir l'un d'eux, et les détruire de l'intérieur. Un premier tome solide, qui avait tout pour plaire : un univers dense, un héros attachant, une tension constante. 

Golden Son est la suite. Et elle est supérieure à l'original sur presque tous les plans. Deux ans ont passé depuis la fin de Red Rising. Darrow, désormais surnommé le Faucheur, a achevé sa formation à l'Académie, version spatiale et grandeur nature de l'Institut du premier tome. Il est Or parmi les Ors, respecté, redouté, intégré dans le clan Augustus. Mais il commet une erreur fatale en sous-estimant ses ennemis, et en un éclair, il perd tout ce qu'il avait construit. À partir de là, il doit tout recommencer, mais à plus grande échelle, avec des enjeux qui ne sont plus ceux d'un terrain d'entraînement, mais ceux d'une guerre totale entre factions Ors, à l'échelle du système solaire tout entier. 

Ce qu'il y a de remarquable dans Golden Son, c'est la façon dont Pierce Brown élargit son univers sans jamais perdre le fil. On sort de l'Institut, on entre dans la Société avec toute sa complexité politique, ses alliances fragiles, ses trahisons en cascade. Les Obsidiens, les Roses, les autres couleurs de la pyramide prennent davantage de place. Darrow apprend, et le lecteur avec lui, que la domination des Ors n'est pas une simple oppression verticale, mais un système qui broie tout le monde, y compris ceux qui sont censés en bénéficier. 

Si Red Rising avait parfois des passages plus lents, notamment dans la mise en place de son univers, Golden Son ne se donne pas ce luxe. Dès les premières pages, on est projeté dans l'action, et le roman ne ralentit pratiquement plus jusqu'à la fin. Complots, batailles spatiales, trahisons, revirements d'alliance, révélations fracassantes, tout s'enchaîne et se déchaîne à un rythme effréné. Le suspense ne retombe jamais vraiment. La fin est un véritable uppercut. Inattendue, violente, retorse, elle constitue un cliffhanger d'une rare cruauté qui donne une envie immédiate de se jeter sur la suite, Morning Star. 

Les personnages ont mûri, progressé, appris de leurs erreurs, et ils en sont d'autant plus intéressants. Darrow lui-même est plus complexe, toujours fondamentalement Rouge au fond de lui, mais de plus en plus à l'aise dans la peau d'un Or, ce qui crée une tension intérieure qui n'est jamais totalement résolue et le rend passionnant à suivre. Sevro, son ami déjanté, lui vole régulièrement la vedette avec ses réparties cinglantes et sa loyauté inconditionnelle. On en apprend davantage sur lui dans ce tome, et chaque révélation le rend encore plus attachant. Mon seul bémol, ce sont les personnages féminins qui ont tendance à graviter autour de Darrow de façon un peu trop systématique. C'est agaçant ! 

Malgré cela, Golden Son est un livre qui frappe fort. C'est la suite qui dépasse l'original, qui élargit son ambition, qui approfondit ses personnages et qui pousse son intrigue à un niveau d'intensité supérieur. Pierce Brown confirme ici qu'il ne s'est pas contenté d'un coup de chance avec Red Rising, il a une vraie vision, une vraie maîtrise narrative, et une capacité à maintenir la tension sur des centaines de pages. Si vous avez aimé Red Rising, foncez !

Note : ★★★★★

Plus d'informations

Red Rising, tome 2 : Golden son, de Pierce Brown
Le Livre de Poche (2019) - 552 pages - Support papier - Science-fiction

« Aujourd’hui, je suis leur glaive. Mais je ne pardonne pas. Je n’oublie pas. »
Deux ans ont passé. Darrow n’est plus un Rouge risquant chaque jour sa vie dans les mines de Mars. Il est devenu le Faucheur, un Or dont la réputation n’est plus à faire. Rien ne lui résiste. Pourtant, au fond de lui, Darrow n’a pas oublié. Il n’a pas pardonné. Mais il commet une erreur fatale : il sous-estime son ennemi. En un éclair, Darrow perd tout. Au pied du mur, Darrow doit élaborer une nouvelle stratégie… Sinon, tous ses efforts, tous ses sacrifices auront été vains. Et Eo sera morte pour rien.

Le site de l'auteur : https://www.piercebrown.com/


Arrière-plan à partit de l'œuvre de Lawrence Mann (https://www.deviantart.com/lawrencemann/gallery)

Malice, le premier tome de la saga Le Livre des Terres Bannies, a remporté le Prix David Gemmell du meilleur premier roman en 2013. Je l’ai lu il y a un an, et je n’avais pas été pleinement convaincue. Assez cependant pour éprouver l’envie de poursuivre l’aventure et voir ce qu’il advenait de Corban et sa sœur Cywen. J’ai découvert Bravoure en version audio, lu par Gary Renna, une précision qui pourrait avoir son importance, comme on va le voir dans la suite.

Après la chute de Dun Carreg, Corban, sa mère Gwenith, leurs amis et la princesse Edana sont en fuite, alors que les troupes de la reine Rhin sont partout. Le premier tome avait pris son temps pour poser les bases d'un monde complexe, tisser les intrigues politiques, présenter ses nombreux protagonistes. Ce deuxième tome peut ainsi davantage se concentrer sur le développement de l'intrigue et l'action. Et il y en a : batailles épiques, sièges de forteresses, traquenards, trahisons, le tout dans un univers de dark fantasy qui ne fait pas de cadeaux à ses personnages.

Ce que j'apprécie le plus dans cette saga, c'est la fratrie constituée par Corban et Cywen. J'ai été plus que ravie de les retrouver. Séparés l'un de l'autre, c'est un véritable périple qui les attend et qui les conduit au cœur du conflit qui agite les Terres Bannies. Corban, l'élu malgré lui, continue de grandir dans ce tome, il en apprend davantage sur lui-même et sur ce que son destin implique. La relation qu'il entretient avec sa lupen, une louve géante, est très sympathique. Cywen est, quant à elle, utilisée pour appâter, ce qui la place dans une situation particulièrement périlleuse. Ces deux personnages ont une humanité, une vulnérabilité qui les rend immédiatement attachants, et j’ai dévoré chaque chapitre les concernant.

Là où le bât blesse toujours un peu à mon goût, c'est dans la profusion de points de vue, dont tous ne m’ont pas passionnée. Si j’ai davantage apprécié Veradis que dans le premier tome, c’est l’arc de Maquin qui m’a, cette fois, paru bien long. Sa quête de vengeance l'amène à croiser la route des Vin Thaluns, des corsaires esclavagistes et adeptes des combats d'arène, et après un certain nombre de chapitres dédiés aux arènes et aux galères, j'ai commencé à trépigner un peu. Difficile de s’investir de la même manière dans une dizaine de destins simultanés, et j’avoue que ce ne sont pas forcément les plus épiques qui ont ma préférence.

Après, j’ai écouté Bravoure en version audio, lu par Gary Renna, et il est aussi possible que ce format accentue les défauts du roman. D'un côté, la narration est impeccable, pas de problème, et les scènes d'action gagnent une vraie dynamique à l'oral. De l'autre, la multiplication des personnages et des fils narratifs se gère plus facilement sur papier, je trouve.

Malgré ses longueurs, Bravoure est une lecture (ou une écoute) qui tient ses promesses. L'auteur excelle dans les scènes de combat, sans pour autant oublier ses personnages et les conséquences de ces affrontements. La mythologie, avec ses dieux antagonistes Elyon et Asroth, continue de se dévoiler tout doucement. Si vous avez aimé Malice et que vous êtes prêts à vous laisser happer par un récit choral, c’est une suite à la hauteur.

Note : ★★★★☆

Plus d'informations

Le Livre des Terres Bannies, tome 2 : Bravoure, de John Gwynne
Lizzie (2024) - 1591 mn - Support audio - Fantasy

Après la chute de Dun Carreg, Corban, sa mère Gwenith, leurs amis et la princesse Edana sont en fuite. Les fuyards se rendent vers l'est, mais il n'y a plus de refuge alors que les troupes de la reine Rhin sont partout...
Nathair, champion du dieu Elyon dans la conflagration à venir, toujours accompagné de Veradis, son guerrier fidèle, se mêle à la guerre de conquête que mène Rhin. Mais ses idéaux le conduiront sur un chemin douloureux...
Maquin cherche à venger le jeune Kastell, qu'il était censé protéger, mais sa quête l'amènera à croiser la route des terribles Vin Thaluns, corsaires esclavagistes et adeptes des combats d'arène. Sa soif de justice suffira-t-elle à le garder en vie ?
Alors que la Guerre des Dieux devient une réalité, tous devront combattre, il faudra juste choisir son camp...

Le site de l'auteur : https://www.johngwynneauthor.co.uk/


J’ai lu La servante écarlate, publié en 1985 par Margaret Atwood, à l’été 2017, et je me souviens avoir trouvé, à l’époque, l’écriture vraiment très froide, presque dissociée, à l’image de son héroïne, réduite à sa fonction de reproductrice et obligée de se retirer à l’intérieur d’elle-même pour survivre. Je n’avais pas tellement accroché et nettement préféré son adaptation en série. En 2019, Les testaments, une suite se déroulant 15 ans plus tard, a été éditée, et je me souviens que j’avais préféré m’abstenir, un peu échaudée par le style de l’autrice.

Mais au mois d’avril dernier, Disney + a diffusé la saison 1 de son adaptation en série. Je l'ai abordée avec curiosité, mais aussi avec une légère appréhension, il faut bien le dire. Pourtant, je n’ai pas été déçue, et c’est ce qui m’a amenée à me plonger finalement dans le roman. Margaret Atwood nous offre cette fois trois perspectives entrelacées. On retrouve tout d’abord Tante Lydia, figure emblématique et redoutée de Galaad, que la série a rendue magistralement odieuse. Puis il y a Agnes, une jeune fille élevée au cœur du régime, mais qui, peu à peu, commence à en voir les coutures. Et enfin Daisy, une adolescente élevée au Canada, dans le monde libre, ignorante de ses véritables origines.

Ainsi, Les testaments nous donne accès à Galaad sous de multiples angles, plus dynamiques, et surtout à des personnages dont on a envie de connaître le destin. Agnes et Daisy sont attachantes, chacune à leur façon : l'une apprend à remettre en question ce qu'on lui a enseigné, l'autre doit accepter une réalité qu'elle n'avait pas choisie. Mais c'est Tante Lydia qui est la vraie révélation du roman. Comprendre ce qu'elle a été avant, ce qu'elle a dû devenir pour survivre, les compromis moraux qu'elle a acceptés et ceux qu'elle retourne en armes secrètes, c'était vertigineux !

Pour ceux qui, comme moi, ont regardé la série avant de lire ce livre, une petite mise en garde s'impose cependant : les événements divergent considérablement. La série a pris des libertés importantes, mais l'adaptation reste très cohérente avec ce qu'Atwood a construit. Le message est le même : Galaad est un système fondé sur la peur et la corruption, et c'est de l'intérieur qu'il peut être miné. Le ton, la noirceur nuancée d'espoir fragile, l'attention portée à la résistance féminine sous toutes ses formes, tout cela est là, dans la série comme dans le livre. Les scénaristes ont su s'emparer de l'essence du roman.

Dans Les testaments, l'écriture m'a semblé moins impersonnelle, plus incarnée. Est-ce parce que les narratrices sont plus nombreuses, plus diverses ? Est-ce parce que je connaissais déjà le monde de Galaad et que je n'avais plus besoin de m'y acclimater ? Probablement les deux. Atwood joue davantage avec les voix, les registres, la naïveté d'Agnes, le mordant de Lydia, l'énergie brute de Daisy. Le roman se lit plus vite. Un seul bémol, la fin va trop vite, justement. Les événements s'enchaînent, les résolutions tombent presque trop facilement. Ce n'est pas un échec, car cette suite est une vraie réussite, mais ça laisse un léger goût d'inachevé, disons.

Note : ★★★★☆

Plus d'informations

La Servante Ecarlate, tome 2 : Les Testaments, de Margaret Atwood
Robert Laffont (2019) - 532 pages - Support numérique - Science-fiction

Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l'intérieur. A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives. Deux d'entre elles ont grandi de part et d'autre de la frontière : l'une à Galaad, comme la fille privilégiée d'un Commandant de haut rang, et l'autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable. Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d'un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu'elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable. Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s'accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Le site de l'autrice : https://margaretatwood.ca/

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