J’ai lu La servante écarlate, publié en 1985 par Margaret Atwood, à l’été 2017, et je me souviens avoir trouvé, à l’époque, l’écriture vraiment très froide, presque dissociée, à l’image de son héroïne, réduite à sa fonction de reproductrice et obligée de se retirer à l’intérieur d’elle-même pour survivre. Je n’avais pas tellement accroché et nettement préféré son adaptation en série. En 2019, Les testaments, une suite se déroulant 15 ans plus tard, a été éditée, et je me souviens que j’avais préféré m’abstenir, un peu échaudée par le style de l’autrice.
Mais au mois d’avril dernier, Disney + a diffusé la saison 1 de son adaptation en série. Je l'ai abordée avec curiosité, mais aussi avec une légère appréhension, il faut bien le dire. Pourtant, je n’ai pas été déçue, et c’est ce qui m’a amenée à me plonger finalement dans le roman. Margaret Atwood nous offre cette fois trois perspectives entrelacées. On retrouve tout d’abord Tante Lydia, figure emblématique et redoutée de Galaad, que la série a rendue magistralement odieuse. Puis il y a Agnes, une jeune fille élevée au cœur du régime, mais qui, peu à peu, commence à en voir les coutures. Et enfin Daisy, une adolescente élevée au Canada, dans le monde libre, ignorante de ses véritables origines.
Ainsi, Les testaments nous donne accès à Galaad sous de multiples angles, plus dynamiques, et surtout à des personnages dont on a envie de connaître le destin. Agnes et Daisy sont attachantes, chacune à leur façon : l'une apprend à remettre en question ce qu'on lui a enseigné, l'autre doit accepter une réalité qu'elle n'avait pas choisie. Mais c'est Tante Lydia qui est la vraie révélation du roman. Comprendre ce qu'elle a été avant, ce qu'elle a dû devenir pour survivre, les compromis moraux qu'elle a acceptés et ceux qu'elle retourne en armes secrètes, c'était vertigineux !
Pour ceux qui, comme moi, ont regardé la série avant de lire ce livre, une petite mise en garde s'impose cependant : les événements divergent considérablement. La série a pris des libertés importantes, mais l'adaptation reste très cohérente avec ce qu'Atwood a construit. Le message est le même : Galaad est un système fondé sur la peur et la corruption, et c'est de l'intérieur qu'il peut être miné. Le ton, la noirceur nuancée d'espoir fragile, l'attention portée à la résistance féminine sous toutes ses formes, tout cela est là, dans la série comme dans le livre. Les scénaristes ont su s'emparer de l'essence du roman.
Dans Les testaments, l'écriture m'a semblé moins impersonnelle, plus incarnée. Est-ce parce que les narratrices sont plus nombreuses, plus diverses ? Est-ce parce que je connaissais déjà le monde de Galaad et que je n'avais plus besoin de m'y acclimater ? Probablement les deux. Atwood joue davantage avec les voix, les registres, la naïveté d'Agnes, le mordant de Lydia, l'énergie brute de Daisy. Le roman se lit plus vite. Un seul bémol, la fin va trop vite, justement. Les événements s'enchaînent, les résolutions tombent presque trop facilement. Ce n'est pas un échec, car cette suite est une vraie réussite, mais ça laisse un léger goût d'inachevé, disons.
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l'intérieur. A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives. Deux d'entre elles ont grandi de part et d'autre de la frontière : l'une à Galaad, comme la fille privilégiée d'un Commandant de haut rang, et l'autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable. Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d'un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu'elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable. Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s'accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.
Le site de l'autrice : https://margaretatwood.ca/








