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Arula Ratnakar mène actuellement des recherches sur le développement neurologique embryonnaire à l'université de Boston. En parallèle, elle écrit de la science-fiction. Ce détail n'est pas anodin : il explique à la fois les grandes qualités de Submergée et son principal défaut. Quand un scientifique écrit un roman dans son domaine d'expertise, il peut donner au récit une crédibilité rare, mais il peut aussi oublier en chemin que ses lecteurs ne partagent pas forcément ses connaissances. C'est exactement ce qui se passe ici. Pourtant, Submergée vaut qu'on s'y attarde.

L'humanité est victime d'épidémies de plus en plus nombreuses, en lien avec le réchauffement climatique. Les chercheurs essayent de trouver des remèdes. Noor a orienté ses travaux vers les fonds marins, jusqu’à ce qu’elle décède dans des circonstances troubles. C'est là qu'entre en scène Nithya, une autre scientifique, chargée d'enquêter sur la mort de sa consœur. C’est ainsi qu’à l'aide d'une technologie mémorielle, elle va accéder aux souvenirs de Noor, autant sur les plans professionnels que personnels. À mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de Noor, jusqu'à ce que les limites entre elles s'estompent. 

Cette dissolution progressive des frontières entre deux identités est au cœur du texte et fonctionne plutôt bien. S'ajoute à cela une troisième figure, Irène, la compagne de Noor, qui complète ce trio féminin autour duquel le récit s'organise. On est donc sur trois femmes, trois destins entrelacés, une enquête qui est aussi une plongée intime, et cette architecture narrative est bien trouvée. Le problème, c’est que la hard SF peut rebuter, car pas forcément très accessible aux novices. Les termes neuroscientifiques s'accumulent, et si on peut suivre l'intrigue sans les maîtriser, ces passages constituent de vraies zones de turbulences. En ce qui me concerne, je me suis vite résolue à survoler certains passages sans trop chercher à comprendre, sans quoi j’aurais tout bonnement refermé le livre. C’est un peu dommage.

Heureusement, les trois héroïnes rattrapent le coup. Le récit interroge les limites de l'éthique scientifique à travers des personnages profondément humains. C'est là son véritable atout. Submergée est une novella ambitieuse, à l'idée de départ vraiment prometteuse, qui tient globalement ses engagements. L'univers est cohérent et crédible, les personnages sont attachants, et les questionnements éthiques valent le détour. Mais la hard SF pourra décourager les lecteurs non initiés.

Note : ★★★☆☆ 

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Submergée, de Arula Ratnakar
Editions Argyll (2026) - 95 pages - Support papier - Science-fiction

Confrontée à d’incontrôlables épidémies nées du dérèglement climatique, l’humanité a cherché dans les fonds marins une solution miracle à ses maux, exploitant la faune comme la flore, quitte à provoquer un désastre environnemental plus grave encore. Après la mort dans des circonstances tragiques d’une brillante scientifique, Nithya enquête sur ses travaux. À l’aide d’une technologie mémorielle, elle revit tous les moments importants de la vie sa consœur, de la recherche d'un remède à ses préoccupations les plus intimes. Mais à mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de l’autre femme. Jusqu’à ce que les limites entre elles s’estompent ?

Le compte Instagram de l'autrice : https://www.instagram.com/arula.ratnakar/


Talisman, de Stephen King et Peter Straub, fait partie de ces livres que j’ai lus à l’adolescence et dont je garde un excellent souvenir. Celui d'une grande aventure, d'un univers qui déborde de chaque page et de personnages qu'on n'oublie pas facilement. Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé Other Worlds Than These en version originale, est annoncé en France en début d’année prochaine, alors quand on m’a proposé une lecture commune pour se remémorer les deux précédents opus, j’ai dit : banco !

Publié en 1984, Talisman résulte de la collaboration de deux monstres du fantastique : Stephen King, qu'on ne présente plus, et Peter Straub, auteur américain de dark fantasy et d'horreur, notamment connu pour Ghost Story. Une collaboration au long cours, puisqu'ils cosigneront ensemble la suite, Territoires, en 2001. Peter Straub est décédé en 2022, et c'est donc seul que King a écrit le troisième tome, en s'appuyant néanmoins sur des idées que Straub lui avait laissées.

Jack Sawyer a douze ans, et le poids du monde sur les épaules. Sa mère, Lily, ancienne reine des séries B, est en train de mourir d'un cancer, et ils se sont installés dans un hôtel d'Arcadia Beach, dans le New Hampshire, pour fuir Morgan Sloat, l'associé du père défunt de Jack. C'est là que le vieux Speedy Parker, joueur de blues devenu gardien d'un parc d'attractions, lui révèle l'existence d'un autre monde : les Territoires, et d’un talisman qui, seul, peut sauver sa mère mourante. Jack va traverser l'Amérique d'est en ouest, basculant alternativement dans notre monde et dans les Territoires, pour trouver ce talisman.

Comme nombre des enfants héros de King, Jack est un personnage attachant dès les premières pages. C’est un gamin terrorisé, épuisé, qui avance parce qu'il n'a pas le choix. Cette vulnérabilité, combinée à une détermination qui s'affirme au fil des pages, le rend immédiatement humain. On souffre avec lui, on tremble avec lui, et quand il trouve des alliés, on est aussi soulagé que lui : loup-garou candide débarqué dans notre monde sans en comprendre les règles, Wolf est l'un des personnages les plus touchants que j'aie rencontrés ; puis vient Richard, rationaliste obstiné en plein déni, qui refuse de croire à la réalité des Territoires. Si Jack est le cœur du roman, ses compagnons de route successifs en sont l'âme.

Et puis il y a les Territoires… Ce monde parallèle au nôtre, médiéval et magique, n'est pas seulement un décor, il est la colonne vertébrale du roman. Chaque personne de notre monde a son double dans les Territoires, et quand l'un meurt, l'autre meurt généralement aussi. Jack lui-même est le gémellin du fils de la Reine des Territoires, Jason, mais ce dernier est mort, alors que Jack, non. Ce qui fait de lui un être unique, sans double, capable de se mouvoir librement entre les deux mondes.

Relire Talisman avec des yeux d'adulte, c'était redécouvrir un roman plus riche qu'il n'y paraît. L'écriture à quatre mains est parfaitement homogène. Le rythme est celui d'un road novel fantastique, et si certains passages sont un peu longs, c'est parce que King et Straub prennent le temps d'installer une vraie tension, une vraie menace. Il me tarde maintenant de replonger dans Territoires, le tome 2, et cette lecture commune est prévue en fin d’année. Je meurs déjà d’impatience !

Note : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 

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Le Talisman des Territoires, tome 1 : Talisman, de Stephen King & Peter Straub
Albin Michel (2024) - 800 pages - Support numérique - Fantastique

Une plage déserte, quelque part sur la côte Est des États-Unis. Jack Sawyer, douze ans, scrute l'horizon en proie à de sombres pensées... Sa mère, une ex-reine des séries B, se meurt d'un cancer, et Jack désespère de pouvoir l'aider. Le vieux Speedy Parker, joueur de blues devenu gardien du parc d'attractions voisin, lui révèle l'existence d'un autre monde, qu'il appelle les Territoires. Cet endroit magique ressemble à celui du cycle de La Tour sombre. Le ciel y est transparent et profond. Les senteurs sont plus fortes, et tout y est soudain plus clair. C'est là que se trouve le Talisman, le seul remède qui puisse sauver sa mère. Cependant ce monde féerique est aussi terriblement dangereux. Après des semaines d'épreuves au cœur de l'enfer et du désespoir, sautant d'une Amérique hyperréaliste et cruelle aux Territoires ensorcelés, Jack finira par découvrir le Talisman. Mais saura-t-il résister à la force extraordinaire qui s'emparera alors de lui et vaincre ses propres démons ?

Le site de l'auteur : https://stephenking.com/index.html


Quand le tome 2 écrase le tome 1 ! Si, si, je vous jure ! Bon, reprenons dans l’ordre… Pierce Brown est un auteur américain de science-fiction dont la saga Red Rising a fait l'effet d'une bombe à sa sortie, en 2014. Red Rising, le premier tome, nous plongeait dans un futur lointain où l'humanité a colonisé le système solaire et s'est organisée en une société de castes codifiées par la couleur : les Rouges au bas de l'échelle, mineurs exploités sur Mars, et les Ors tout en haut, seigneurs absolus d'un empire interplanétaire. Darrow est un Rouge infiltré parmi les Ors, transformé physiquement et culturellement pour devenir l'un d'eux, et les détruire de l'intérieur. Un premier tome solide, qui avait tout pour plaire : un univers dense, un héros attachant, une tension constante. 

Golden Son est la suite. Et elle est supérieure à l'original sur presque tous les plans. Deux ans ont passé depuis la fin de Red Rising. Darrow, désormais surnommé le Faucheur, a achevé sa formation à l'Académie, version spatiale et grandeur nature de l'Institut du premier tome. Il est Or parmi les Ors, respecté, redouté, intégré dans le clan Augustus. Mais il commet une erreur fatale en sous-estimant ses ennemis, et en un éclair, il perd tout ce qu'il avait construit. À partir de là, il doit tout recommencer, mais à plus grande échelle, avec des enjeux qui ne sont plus ceux d'un terrain d'entraînement, mais ceux d'une guerre totale entre factions Ors, à l'échelle du système solaire tout entier. 

Ce qu'il y a de remarquable dans Golden Son, c'est la façon dont Pierce Brown élargit son univers sans jamais perdre le fil. On sort de l'Institut, on entre dans la Société avec toute sa complexité politique, ses alliances fragiles, ses trahisons en cascade. Les Obsidiens, les Roses, les autres couleurs de la pyramide prennent davantage de place. Darrow apprend, et le lecteur avec lui, que la domination des Ors n'est pas une simple oppression verticale, mais un système qui broie tout le monde, y compris ceux qui sont censés en bénéficier. 

Si Red Rising avait parfois des passages plus lents, notamment dans la mise en place de son univers, Golden Son ne se donne pas ce luxe. Dès les premières pages, on est projeté dans l'action, et le roman ne ralentit pratiquement plus jusqu'à la fin. Complots, batailles spatiales, trahisons, revirements d'alliance, révélations fracassantes, tout s'enchaîne et se déchaîne à un rythme effréné. Le suspense ne retombe jamais vraiment. La fin est un véritable uppercut. Inattendue, violente, retorse, elle constitue un cliffhanger d'une rare cruauté qui donne une envie immédiate de se jeter sur la suite, Morning Star. 

Les personnages ont mûri, progressé, appris de leurs erreurs, et ils en sont d'autant plus intéressants. Darrow lui-même est plus complexe, toujours fondamentalement Rouge au fond de lui, mais de plus en plus à l'aise dans la peau d'un Or, ce qui crée une tension intérieure qui n'est jamais totalement résolue et le rend passionnant à suivre. Sevro, son ami déjanté, lui vole régulièrement la vedette avec ses réparties cinglantes et sa loyauté inconditionnelle. On en apprend davantage sur lui dans ce tome, et chaque révélation le rend encore plus attachant. Mon seul bémol, ce sont les personnages féminins qui ont tendance à graviter autour de Darrow de façon un peu trop systématique. C'est agaçant ! 

Malgré cela, Golden Son est un livre qui frappe fort. C'est la suite qui dépasse l'original, qui élargit son ambition, qui approfondit ses personnages et qui pousse son intrigue à un niveau d'intensité supérieur. Pierce Brown confirme ici qu'il ne s'est pas contenté d'un coup de chance avec Red Rising, il a une vraie vision, une vraie maîtrise narrative, et une capacité à maintenir la tension sur des centaines de pages. Si vous avez aimé Red Rising, foncez !

Note : ★★★★★

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Red Rising, tome 2 : Golden son, de Pierce Brown
Le Livre de Poche (2019) - 552 pages - Support papier - Science-fiction

« Aujourd’hui, je suis leur glaive. Mais je ne pardonne pas. Je n’oublie pas. »
Deux ans ont passé. Darrow n’est plus un Rouge risquant chaque jour sa vie dans les mines de Mars. Il est devenu le Faucheur, un Or dont la réputation n’est plus à faire. Rien ne lui résiste. Pourtant, au fond de lui, Darrow n’a pas oublié. Il n’a pas pardonné. Mais il commet une erreur fatale : il sous-estime son ennemi. En un éclair, Darrow perd tout. Au pied du mur, Darrow doit élaborer une nouvelle stratégie… Sinon, tous ses efforts, tous ses sacrifices auront été vains. Et Eo sera morte pour rien.

Le site de l'auteur : https://www.piercebrown.com/


Arrière-plan à partit de l'œuvre de Lawrence Mann (https://www.deviantart.com/lawrencemann/gallery)

Malice, le premier tome de la saga Le Livre des Terres Bannies, a remporté le Prix David Gemmell du meilleur premier roman en 2013. Je l’ai lu il y a un an, et je n’avais pas été pleinement convaincue. Assez cependant pour éprouver l’envie de poursuivre l’aventure et voir ce qu’il advenait de Corban et sa sœur Cywen. J’ai découvert Bravoure en version audio, lu par Gary Renna, une précision qui pourrait avoir son importance, comme on va le voir dans la suite.

Après la chute de Dun Carreg, Corban, sa mère Gwenith, leurs amis et la princesse Edana sont en fuite, alors que les troupes de la reine Rhin sont partout. Le premier tome avait pris son temps pour poser les bases d'un monde complexe, tisser les intrigues politiques, présenter ses nombreux protagonistes. Ce deuxième tome peut ainsi davantage se concentrer sur le développement de l'intrigue et l'action. Et il y en a : batailles épiques, sièges de forteresses, traquenards, trahisons, le tout dans un univers de dark fantasy qui ne fait pas de cadeaux à ses personnages.

Ce que j'apprécie le plus dans cette saga, c'est la fratrie constituée par Corban et Cywen. J'ai été plus que ravie de les retrouver. Séparés l'un de l'autre, c'est un véritable périple qui les attend et qui les conduit au cœur du conflit qui agite les Terres Bannies. Corban, l'élu malgré lui, continue de grandir dans ce tome, il en apprend davantage sur lui-même et sur ce que son destin implique. La relation qu'il entretient avec sa lupen, une louve géante, est très sympathique. Cywen est, quant à elle, utilisée pour appâter, ce qui la place dans une situation particulièrement périlleuse. Ces deux personnages ont une humanité, une vulnérabilité qui les rend immédiatement attachants, et j’ai dévoré chaque chapitre les concernant.

Là où le bât blesse toujours un peu à mon goût, c'est dans la profusion de points de vue, dont tous ne m’ont pas passionnée. Si j’ai davantage apprécié Veradis que dans le premier tome, c’est l’arc de Maquin qui m’a, cette fois, paru bien long. Sa quête de vengeance l'amène à croiser la route des Vin Thaluns, des corsaires esclavagistes et adeptes des combats d'arène, et après un certain nombre de chapitres dédiés aux arènes et aux galères, j'ai commencé à trépigner un peu. Difficile de s’investir de la même manière dans une dizaine de destins simultanés, et j’avoue que ce ne sont pas forcément les plus épiques qui ont ma préférence.

Après, j’ai écouté Bravoure en version audio, lu par Gary Renna, et il est aussi possible que ce format accentue les défauts du roman. D'un côté, la narration est impeccable, pas de problème, et les scènes d'action gagnent une vraie dynamique à l'oral. De l'autre, la multiplication des personnages et des fils narratifs se gère plus facilement sur papier, je trouve.

Malgré ses longueurs, Bravoure est une lecture (ou une écoute) qui tient ses promesses. L'auteur excelle dans les scènes de combat, sans pour autant oublier ses personnages et les conséquences de ces affrontements. La mythologie, avec ses dieux antagonistes Elyon et Asroth, continue de se dévoiler tout doucement. Si vous avez aimé Malice et que vous êtes prêts à vous laisser happer par un récit choral, c’est une suite à la hauteur.

Note : ★★★★☆

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Le Livre des Terres Bannies, tome 2 : Bravoure, de John Gwynne
Lizzie (2024) - 1591 mn - Support audio - Fantasy

Après la chute de Dun Carreg, Corban, sa mère Gwenith, leurs amis et la princesse Edana sont en fuite. Les fuyards se rendent vers l'est, mais il n'y a plus de refuge alors que les troupes de la reine Rhin sont partout...
Nathair, champion du dieu Elyon dans la conflagration à venir, toujours accompagné de Veradis, son guerrier fidèle, se mêle à la guerre de conquête que mène Rhin. Mais ses idéaux le conduiront sur un chemin douloureux...
Maquin cherche à venger le jeune Kastell, qu'il était censé protéger, mais sa quête l'amènera à croiser la route des terribles Vin Thaluns, corsaires esclavagistes et adeptes des combats d'arène. Sa soif de justice suffira-t-elle à le garder en vie ?
Alors que la Guerre des Dieux devient une réalité, tous devront combattre, il faudra juste choisir son camp...

Le site de l'auteur : https://www.johngwynneauthor.co.uk/


J’ai lu La servante écarlate, publié en 1985 par Margaret Atwood, à l’été 2017, et je me souviens avoir trouvé, à l’époque, l’écriture vraiment très froide, presque dissociée, à l’image de son héroïne, réduite à sa fonction de reproductrice et obligée de se retirer à l’intérieur d’elle-même pour survivre. Je n’avais pas tellement accroché et nettement préféré son adaptation en série. En 2019, Les testaments, une suite se déroulant 15 ans plus tard, a été éditée, et je me souviens que j’avais préféré m’abstenir, un peu échaudée par le style de l’autrice.

Mais au mois d’avril dernier, Disney + a diffusé la saison 1 de son adaptation en série. Je l'ai abordée avec curiosité, mais aussi avec une légère appréhension, il faut bien le dire. Pourtant, je n’ai pas été déçue, et c’est ce qui m’a amenée à me plonger finalement dans le roman. Margaret Atwood nous offre cette fois trois perspectives entrelacées. On retrouve tout d’abord Tante Lydia, figure emblématique et redoutée de Galaad, que la série a rendue magistralement odieuse. Puis il y a Agnes, une jeune fille élevée au cœur du régime, mais qui, peu à peu, commence à en voir les coutures. Et enfin Daisy, une adolescente élevée au Canada, dans le monde libre, ignorante de ses véritables origines.

Ainsi, Les testaments nous donne accès à Galaad sous de multiples angles, plus dynamiques, et surtout à des personnages dont on a envie de connaître le destin. Agnes et Daisy sont attachantes, chacune à leur façon : l'une apprend à remettre en question ce qu'on lui a enseigné, l'autre doit accepter une réalité qu'elle n'avait pas choisie. Mais c'est Tante Lydia qui est la vraie révélation du roman. Comprendre ce qu'elle a été avant, ce qu'elle a dû devenir pour survivre, les compromis moraux qu'elle a acceptés et ceux qu'elle retourne en armes secrètes, c'était vertigineux !

Pour ceux qui, comme moi, ont regardé la série avant de lire ce livre, une petite mise en garde s'impose cependant : les événements divergent considérablement. La série a pris des libertés importantes, mais l'adaptation reste très cohérente avec ce qu'Atwood a construit. Le message est le même : Galaad est un système fondé sur la peur et la corruption, et c'est de l'intérieur qu'il peut être miné. Le ton, la noirceur nuancée d'espoir fragile, l'attention portée à la résistance féminine sous toutes ses formes, tout cela est là, dans la série comme dans le livre. Les scénaristes ont su s'emparer de l'essence du roman.

Dans Les testaments, l'écriture m'a semblé moins impersonnelle, plus incarnée. Est-ce parce que les narratrices sont plus nombreuses, plus diverses ? Est-ce parce que je connaissais déjà le monde de Galaad et que je n'avais plus besoin de m'y acclimater ? Probablement les deux. Atwood joue davantage avec les voix, les registres, la naïveté d'Agnes, le mordant de Lydia, l'énergie brute de Daisy. Le roman se lit plus vite. Un seul bémol, la fin va trop vite, justement. Les événements s'enchaînent, les résolutions tombent presque trop facilement. Ce n'est pas un échec, car cette suite est une vraie réussite, mais ça laisse un léger goût d'inachevé, disons.

Note : ★★★★☆

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La Servante Ecarlate, tome 2 : Les Testaments, de Margaret Atwood
Robert Laffont (2019) - 532 pages - Support numérique - Science-fiction

Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l'intérieur. A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives. Deux d'entre elles ont grandi de part et d'autre de la frontière : l'une à Galaad, comme la fille privilégiée d'un Commandant de haut rang, et l'autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable. Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d'un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu'elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable. Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s'accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Le site de l'autrice : https://margaretatwood.ca/


Pour être parfaitement honnête, c’est sa couverture qui a attiré mon attention sur ce roman. Elle est magnifique, tout en délicatesse, avec ces teintes qui évoquent le Japon féodal et les créatures de son folklore. Une couverture qui promet un beau voyage et la promesse est tenue, même si ce n’est pas sans anicroches. L'esprit à la couronne fleurie est, à ma connaissance, le premier roman de Claire Ivacci, et ceci explique peut-être cela. 

Dans un Japon où la frontière entre le spirituel et le terrestre est mince, Hanaé est un esprit mineur, au service du Palais de la Mémoire, où elle archive les souvenirs des humains au sein du Mokuzaï, une immense bibliothèque. Mais lorsqu'un mystérieux drame ébranle ce dernier, elle se retrouve élevée à un statut divin et se voit assigner une lourde tâche dans un monde qui n'est pas le sien et qu'elle n'a vu qu'à travers des souvenirs : celui des humains. Elle va y être confrontée à Yuudai, un chasseur d'esprits aussi efficace que solitaire, digne successeur du maître du clan de chasseurs de Kyoto. 

Le cadre est une vraie réussite et rappelle les mythes des yōkai et des kami. J’en suis assez peu familière et ne saurais donc dire ce qui relève de la tradition ou de l’invention pure et simple de l’autrice, mais cela m’a semblé cohérent et moderne. À travers Hanaé, archiviste sensible, le roman explore une idée forte : la mémoire façonne l'équilibre des mondes. 

L’écriture est soignée, un peu trop d’ailleurs, surtout au début du roman, où l’effort de style est un peu trop visible à mon goût. Cela donne une prose un peu scolaire, où la recherche du beau passage prend le dessus sur la fluidité du récit. Cela s'arrange progressivement, le texte se détend, et on finit par se laisser porter par cette fantasy contemplative, qui prend le temps de construire son atmosphère. On ressent le froid dans les bois, le poids, mais aussi la beauté, des traditions, la fragilité des esprits. Une fois qu'on a accepté ce rythme-là, le roman devient vraiment agréable. 

Malgré quelques longueurs, L'esprit à la couronne fleurie reste une lecture sympathique, portée par un univers original et des thèmes qui résonnent : la mémoire, l'identité, le poids des traditions, la porosité entre le monde visible et l'invisible. On croise aussi, au détour de l'histoire, des thématiques comme la maltraitance animale, les jeux de pouvoir, le respect des croyances… Pour un premier roman, c'est une jolie réussite. Il faut encore à l’autrice un peu de confiance pour lâcher la plume, mais je lirai la suite avec plaisir, en espérant y retrouver ce Japon des esprits un peu plus libéré de ses propres attentes.

Note : ★★★★☆

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Emazora, tome 1 : L'esprit à la couronne fleurie, de Claire Ivacci
Editions Pyrélion (2025) - 670 pages - Support papier - Fantasy

Dans un Japon où la frontière entre le spirituel et le terrestre est mince, Hanaé est un esprit mineur, au service des dieux du Palais de la Mémoire, où elle se plaît à archiver les souvenirs des humains au sein du Mokuzaï, l’immense bibliothèque de son royaume. Mais lorsqu’un drame énigmatique ébranle ce dernier, elle se trouve subitement élevée à un statut divin et se voit assigner une lourde tâche dans un monde qui n’est pas le sien et qu’elle n’a vu qu’à travers des souvenirs. Tout son quotidien bascule quand elle est forcée d’emprunter une identité factice pour rejoindre la dimension humaine, au cœur d’un empire qu’elle découvre pavé d’obstacles et peuplé de cœurs cupides...
Yuudai est le meilleur Chasseur de son clan. Impitoyable et talentueux, il passe son temps à traquer les créatures extraordinaires et spirituelles en tout genre, avant de vendre leurs atouts et reliques magiques aux commerçants du marché des Ombres. En plus de faire partie de cette élite de la nation, tous lui prédisent la future place de chef, qui lui offrirait la reconnaissance et la liberté dont il a toujours rêvé. Alors, le jour où il est témoin de la puissance évidente d’un mystérieux esprit cervidé qui arpente Kyoto, Yuudai n’a plus qu’une seule idée en tête : le capturer à tout prix.

Le compte Instagram de l'autrice : https://www.instagram.com/claireivacci_autrice/


Avec Les mystères d’Eversand, Victor Dixen délaisse la science-fiction dystopique et la fantasy baroque qui ont fait sa réputation pour se tourner vers le roman gothique et vers Birdie Baker, une gouvernante sous haute surveillance… C’est peut-être ce que j’aime le plus chez lui, la diversité des univers qu’il nous propose.

Étudiante sans le sou, Birdie tombe sur une offre d'emploi de suivante pour une vieille dame habitant l'État du Rhode Island. En plein mois de janvier, elle débarque à Eversand, une presqu'île au charme suranné où semble régner un printemps perpétuel : c'est le fief des Rosemore, une très puissante et secrète dynastie américaine. Très vite, l'étrangeté s'installe : des fleurs qui éclosent en plein hiver, des roses fraîches qui se fanent en quelques heures, attirant des nuées de mouches, du personnel incapable de se souvenir d’où il est originaire, une atmosphère hors du temps, et surtout l’impression constante qu'Eversand cache bien plus qu'un simple secret de famille.

Le cadre est indéniablement réussi. L’auteur convoque ici l'Amérique des dynasties et le gothique des grandes demeures. Il installe son héroïne sur un territoire clos et inquiétant, la presqu’île fonctionnant comme un personnage à part entière, hostile, organique, presque vivante, le tout dans une atmosphère oppressante à souhaits. Pourtant, il se dégage de ce récit une certaine froideur narrative qui m'a un peu empêchée de m'attacher vraiment à Birdie. D’autant plus que c’est un personnage assez soumis, que ce soit à ses supérieurs (les Rosemore eux-même, mais aussi la gouvernante ou le majordome), ou aux événements, et que j’ai souvent du mal avec ce genre de protagoniste. Bon, je vous passe le coup de la romance avec le palefrenier du domaine, bad boy ténébreux, qu’on voit arriver à des kilomètres et qui m’a fait lever les yeux au ciel à plusieurs reprises. C’est d’un prévisible…

La suivante reste malgré tout un roman qui tient ses promesses d'ambiance, avec juste ce qu'il faut de mystère et de surnaturel pour nous attirer vers la suite. Victor Dixen maîtrise parfaitement le rythme de son intrigue. J’aurais aimé en apprendre plus sur les Rosemore, bien sûr, mais il reste volontairement dans le flou quant à la nature de leurs secrets, leur rapport à la malédiction du domaine, ou encore ce qu'ils ont fait de leurs suivantes précédentes… Suite au prochain tome, lequel est sorti en même temps que le premier. Une entrée en matière efficace et, très sincèrement, une fois les grilles d'Eversand franchies, on a un peu du mal à faire demi-tour.

Note : ★★★★☆

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Les Mystères d'Eversand, tome 1 : La suivante, de Victor Dixen
Editions Robert Laffont (2026) - 368 pages - Support numérique - Fantastique & Horreur

Birdie Baker, étudiante sans le sou, tombe sur une offre d’emploi de « suivante » pour une vieille dame habitant l’État de Rhode Island. En plein janvier, elle débarque à Eversand, presqu’île au charme suranné où semble régner un printemps perpétuel : c’est le fief des Rosemore, très puissante et très secrète dynastie de la old money américaine.
Birdie n’a peut-être pas seulement été recrutée pour servir de demoiselle de compagnie, mais aussi pour devenir la « suivante sur la liste » : la dernière d’une longue lignée de jeunes femmes attirées au manoir comme des papillons dans une plante carnivore. En répondant à la petite annonce, a-t-elle signé son arrêt de mort ?

Le site de l'auteur : https://www.victordixen.com/


Avec l'annonce de la parution US à l'automne du troisième tome de la saga Le talisman des territoires, de Stephen King et Peter Straub, nous sommes plusieurs, sur le forum L'Imag'In Café, à nous être dit que nos souvenirs des deux premiers opus étaient vraiment très flous, et que ce ne serait pas du luxe de nous replonger dedans.

C'est ainsi qu'est née l'idée de cette lecture commune, qui va s'étaler sur un peu moins d'une année :
  • Juillet & Août 2026 - Talisman
  • Décembre 2026 & Janvier 2027 - Territoires
  • Mai & Juin 2027 - Other worlds than these (titre US)

Envie de nous rejoindre ? Vous savez où nous trouver, et nous vous donnons rendez-vous en juillet avec Talisman.

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Le Talisman des Territoires, tome 1 : Talisman, de Stephen King et Peter Straub
Albin Michel (2024) - 800 pages - Support numérique - Fantastique

Une plage déserte, quelque part sur la côte Est des États-Unis. Jack Sawyer, douze ans, scrute l'horizon en proie à de sombres pensées... Sa mère, une ex-reine des séries B, se meurt d'un cancer, et Jack désespère de pouvoir l'aider. Le vieux Speedy Parker, joueur de blues devenu gardien du parc d'attractions voisin, lui révèle l'existence d'un autre monde, qu'il appelle les Territoires. Cet endroit magique ressemble à celui du cycle de La Tour sombre. Le ciel y est transparent et profond. Les senteurs sont plus fortes, et tout y est soudain plus clair. C'est là que se trouve le Talisman, le seul remède qui puisse sauver sa mère. Cependant ce monde féerique est aussi terriblement dangereux.
Après des semaines d'épreuves au cœur de l'enfer et du désespoir, sautant d'une Amérique hyperréaliste et cruelle aux Territoires ensorcelés, Jack finira par découvrir le Talisman. Mais saura-t-il résister à la force extraordinaire qui s'emparera alors de lui et vaincre ses propres démons ?

Le site de l'auteur : https://stephenking.com/index.html


La mer sans étoiles est un roman qui s’ouvre comme un conte, qui se referme comme un rêve, et qui, entre les deux, vous emmène dans des endroits où les lois habituelles de la narration ne s’appliquent plus vraiment. Née en 1978 dans le Massachusetts, Erin Morgenstern nous offre là un récit ambitieux et, autant vous prévenir tout de suite, un livre qui n’est pas fait pour tout le monde !

Tout commence dans une bibliothèque universitaire, où Zachary, un étudiant, trouve par hasard un livre sans titre ni auteur dans lequel une scène de sa propre enfance est décrite avec précision. Ébahi, il se met en quête des origines de ce roman, ce qui va l’entraîner vers un mystérieux monde souterrain fait de tunnels, de salles cachées, de bibliothèques perdues, où le temps n'a pas tout à fait le même sens qu'en surface.

L’autrice alterne le récit principal, celui de Zachary, avec des contes enchâssés, des fragments d'autres histoires, d'autres époques, d'autres lieux, et c'est précisément là que tout se joue : soit on se laisse porter, soit on cherche à tout prix à garder le fil, et on finit par s'épuiser ! Le roman est un florilège de récits fantastiques, une histoire dans les histoires, pourtant cohérente sous des dehors labyrinthiques. Si vous aimez les sociétés secrètes, les symboles — l'épée, l'abeille, la clé pour le destin, la transmission, l’accès aux histoires —, les quêtes et les histoires d'amour, vous trouverez tout cela ici.

La mer sans étoiles est aussi, fondamentalement, une ode à la littérature en elle-même, au pouvoir des histoires de traverser le temps et de trouver leur lecteur. Un vrai OLNI, Objet Littéraire Non Identifié, qui ne ressemble à rien de ce que j’avais déjà lu et exige un lâcher-prise auquel tout le monde n’est pas prêt à consentir. Je m’y suis efforcée, plutôt avec succès puisque j’ai apprécié les trois quarts du roman : son atmosphère, son esthétique, ses personnages, Zachary et son étrange destinée, Dorian et ses mystères, les salles souterraines et leurs trésors…

En revanche, le dernier quart m’a laissée un peu plus dubitative. Le récit devient un peu trop abstrait, trop allégorique, et plus j’approchais de la fin, plus j’avais du mal à lâcher-prise. Au bout du bout, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris à la résolution, et c’est toujours un peu frustrant.

Une expérience de lecture unique, à condition d'accepter de se perdre. Parce que les histoires ne meurent jamais, tant qu’on continue à les raconter...

Note : ★★★★☆

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La mer sans étoiles, d'Erin Morgenstern
Editions Pocket (2021) - 775 pages - Support papier - Fantastique & Horreur

"Aucune histoire ne s'achève jamais vraiment tant qu'elle continue à être racontée." Dans la bibliothèque de son université, Zachary Ezra Rawlins trouve un livre mystérieux, sans titre ni auteur. Découvrant avec stupéfaction qu'une scène de son enfance y est décrite, il décide d'en savoir davantage. C’est le début d’une quête qui le mènera à un étrange labyrinthe souterrain, sur les rives de la mer sans Étoiles. Un monde merveilleux fait de tunnels tortueux, de cités perdues et d'histoires à préserver, quel qu'en soit le prix...

Le site de l'autrice : https://erinmorgenstern.com/


Épouse de bord… Garde-pont… Enfant de pont… Vaisseau d’os… Parle-vent… Arakeesien…

Je me suis lancée dans l’aventure des Vaisseaux d’os avec la sensation d’avoir été jetée par-dessus bord ! J’avoue qu’il m’a fallu un peu de temps pour appréhender les termes spécifiques à R.J. Barker dans ce premier tome de L’Enfant de la Marée. C’est vrai, je me suis sentie un peu perdue pendant quelques dizaines de pages — tout en restant suffisamment intriguée pour continuer. Mais cela participe aussi à l’originalité du monde maritime matriarcal et sombre que l’auteur nous propose ici, et quel univers !

Depuis des générations, les Cent Îles et les Îles Décharnées construisent leurs navires à partir d'os d’Arakeesiens, des dragons des mers qu'elles ont chassés jusqu'à l’extinction. Si ces puissantes créatures ont disparu, les tensions entre les deux nations autour de cette précieuse ressource ne se sont jamais apaisées. C'est sur cette toile de fond que R.J. Barker déroule son récit. Un univers où les femmes gouvernent, où leur fertilité leur confère le pouvoir, et où l'on sacrifie des nouveau-nés pour assurer chance et prospérité à la flotte navale.

Joron Bitord a été condamné à naviguer sur un vaisseau des morts, ces bateaux peints en noir dont l'équipage ne compte que des repris de justice, dont il a pris le commandement. Mais il n'a ni le respect de son équipage ni l'étoffe d'un meneur et se noie dans l'alcool, laissant péricliter L’Enfant de la marée. Un anti-héros pas franchement engageant au premier abord, mais qu’on va prendre un immense plaisir à voir changer, se construire et trouver sa place au sein d'un équipage qu'il n'a pas choisi, et qui ne l’a pas choisi non plus d’ailleurs.

Car tout bascule quand Meas la Chanceuse débarque. Cette femme, chargée d’une mission secrète, reprend en main Joron et son équipage de bons à rien. Meas est un de ces personnages que l'on admire tout de suite, dotée à la fois d'une autorité naturelle qui en impose et d’un magnétisme qui fait qu’on ne peut que la suivre. Grâce à elle, on embarque avec un groupe de condamnés à mort pathétiques et miteux, et on débarque avec un équipage uni, fier, compétent, avec toute la loyauté et les sacrifices que ça implique. Cette évolution collective est l'une des grandes forces du roman.

À première vue, le moteur narratif semble plutôt modeste. Pourtant, le cadre de ce vaisseau noir, en apparence étroit, devient au fil des pages le théâtre de quelque chose de bien plus grand. Les combats maritimes s'enchaînent avec précision, et chaque confrontation révèle un peu plus les enjeux réels de la mission de Meas. Car derrière la survie immédiate se profile une quête désespérée, celle de protéger le dernier arakeesien. Et quand cette créature surgit enfin, dans toute sa démesure, l’histoire bascule dans un récit qui tient presque de l'épopée.

Le tome 2, L'Appel des vaisseaux d'os, vient de paraître en France chez Leha : les rêves de paix de Meas la Chanceuse semblent définitivement partir en fumée alors qu'un complot sinistre se dessine, et l'équipage de L'Enfant de la marée devra naviguer entre les complots politiques, les inimitiés personnelles et les rivalités ancestrales. Inutile de vous dire que j’ai hâte de me le procurer !

Note : ★★★★★

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L'Enfant de la Marée, tome 1 : Les vaisseaux d'os, de RJ Barker
Editions Leha (2025) - 450 pages - Support papier - Fantasy

Depuis des générations, les Cent Îles et les Iles Décharnées construisent leurs navires à partir d’ossements de dragons des mers et les ont chassés jusqu’à l’extinction. Si les dragons ont disparu, les tensions entre les deux nations autour de cette précieuse ressource ne se sont jamais apaisées. Joron Bitord a été condamné à commander un vaisseau des morts, ces navires peints en noir dont l’équipage ne compte que des repris de justice, voués à semer la terreur et le chaos sur les mers des Cent Îles et des Îles Décharnées et à périr sur les flots. Mais il n’a ni le respect de son équipage ni l’étoffe d’un meneur et se noie dans l’alcool, laissant péricliter son navire. Pourtant, son destin prend une tournure inattendue quand Meas la chanceuse lui ravit le commandement de l’Enfant de la marée en combat singulier. Cette femme dure et sans pitié est animée par une mission secrète qui non seulement donnera une raison de vivre à l’équipage de parias sous ses ordres, mais les fera aussi entrer dans la légende.

Le site de l'auteur : https://www.rjbarker.com/


« Comme quarante pour cent de la population mondiale, vous êtes en surpoids ? Vous ne vous reconnaissez plus dans le miroir ? La nourriture vous contrôle ? Rejoignez dès maintenant Re:Start. » Ce texte publicitaire, c'est la première chose qu'on lit en quatrième de couverture. Et il fait son effet : on ricane un peu, puis on se fige, parce qu'on l'a déjà entendu, ce discours. Pas tout à fait sous cette forme, pas avec ces mots-là, mais dans cette logique. C'est là tout le talent de Katia Lanero Zamora : construire une dystopie qui ne ressemble pas à de la science-fiction, parce qu'elle ressemble trop au monde réel.

Re:Start prend pour cadre une Terre ravagée par les bouleversements climatiques et les guerres, au sein de laquelle existe une bulle : le village Re:Start. Grâce à un programme sportif, des repas calibrés, des gélules minceur et une IA performante, on vous promet de devenir une véritable déesse. Parce que quoi de plus important, quand le monde se meurt, que d'avoir un corps parfait ? Un cynisme à la fois délicieux et glaçant… Re:Start est une novella au rythme rapide. On ne s'ennuie jamais. L'orientation thriller est pleinement assumée, avec une vraie mécanique de tension, une héroïne mise en danger, et une révélation progressive des coulisses de l'organisation.

Katia Lanero Zamora fait le choix d'une novella peuplée exclusivement de femmes, ce qui n'est pas anodin. Mona, le personnage principal, est notre point d'entrée dans ce monde verrouillé, et c'est un choix judicieux, parce que Mona n'est pas une héroïne simple. Elle est convaincue de la toxicité du projet Re:Start, mais elle ne peut s'empêcher d'être séduite et fascinée par le reflet que lui renvoie son miroir. Cette tension interne, entre lucidité et désir d'appartenance, est ce qui la rend profondément humaine, et la lecture carrément inconfortable par moments.

Sous le thriller, il y a un propos dur et nécessaire. L’autrice matérialise dans cette dystopie les injonctions qui pèsent sur le corps des femmes dans une société patriarcale, et montre comment celles-ci s'articulent avec l'endoctrinement et les discours sectaires. Les mécanismes qui gardent les femmes dans une perpétuelle course perdue d'avance, elle en parle très bien sans jamais tomber dans le tract militant, parce que tout passe par la narration, par les corps, par les personnages.

Le seul reproche que je pourrais adresser à ce texte, c'est sa conclusion. Le récit accélère à mesure qu'on approche de la fin, et l'histoire aurait mérité que l’autrice prenne un peu plus de temps pour être pleinement aboutie. C'est le revers du format : quand l'univers est aussi dense et les enjeux aussi forts, un dénouement trop rapide est un peu frustrant. Mais Re:Start a tout d'un grand roman : anticipation sagace et personnages qui questionnent. Une novella percutante, nécessaire, et pas près de vous lâcher.

Note : ★★★★★

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Re:Start, de Katia Lanero Zamora
Editions Argyll (2025) - 117 pages - Support papier - Recueils & Nouvelles

Comme quarante pour cent de la population mondiale, vous êtes en surpoids ? Vous ne vous reconnaissez plus dans le miroir ou vous n’osez même plus vous y regarder ? La nourriture vous contrôle ? Rejoignez dès maintenant Re:Start. Disciplinez-vous et dites adieu aux mauvais comportements. Car vous êtes une déesse et votre corps est un temple. Il y a celles qui se donnent des excuses et celles qui se donnent une chance… Et vous, que choisissez-vous ?
Mona a intégré le prestigieux village Re:Start, une communauté entièrement dédiée à la beauté des femmes. Ses habitantes, les Lumineuses, sont prêtes à embrasser leur féminité et à saisir l’opportunité de devenir des déesses grâce au programme sportif et aux gélules minceur préconisés par leur modèle et mentore, Geneviève. Mona a gravi les échelons, elle est désormais Semeuse. Tout semble parfait dans ce paradis des corps et de la féminité… jusqu’au jour où sa meilleure amie perd le contrôle. Y aurait-il une faille dans ce programme de rêve ?

Le site de l'autrice : https://kalazam.com/


Il y a des sagas qu'on commence avec enthousiasme et qu'on termine avec soulagement. Et puis il y en a d'autres qu'on termine avec ce mélange étrange de satisfaction profonde et de légère mélancolie, celle de quitter des personnages qu'on a appris à aimer, un monde dans lequel on s'était installé. Sorcier de sang, quatrième et dernier tome de la tétralogie Ars Obscura, appartient à la seconde catégorie !

Tout commence en 1815 : Napoléon a conquis l'Europe grâce aux pouvoirs d'Élégast, un mystérieux sorcier, seul capable de pratiquer l'Art Obscur, une forme de magie aussi puissante que terrifiante. Mais la population vit dans la crainte des bulles noires, des manifestations surnaturelles qui engloutissent les gens et libèrent des hordes de monstres dans les campagnes. Ludwig Arcerese, mercenaire amnésique spécialisé dans la traque de ces créatures, croise la route d'Éthelinde Ordant, naturaliste recherchée par toutes les polices de l'Empire, et découvre qu'il sait lui aussi faire appel aux forces de l'Art Obscur.

Trois tomes et bien des péripéties plus tard, Sorcier de sang s'ouvre en 1816, après la chute de Napoléon et la défaite du sorcier Élégast. La France tente d'éviter l'effondrement politique : Irénion Brégante a pris le pouvoir et rétabli le Consulat, espérant maintenir une forme de stabilité. Mais à l'est, le sorcier russe Vakt, dont la puissance semble presque sans limite, marche sur l'Europe à la tête d'une armée de soldats fanatisés et de créatures monstrueuses.

Ce dernier tome s’ouvre sur l’Autre Monde. On y suit Olathena, une pêcheuse du peuple des Alôs. Après un temps de déstabilisation, on comprend vite que ce détour n'est pas un caprice narratif : la dimension féérique de la saga prend ici davantage d'ampleur, l'uchronie historique s'efface presque au profit d'un imaginaire où se mêlent ésotérisme, mythologie et spéculations scientifiques. La menace que Vakt fait peser sur l'humanité devient si grande que les ennemis d'hier vont devoir s'allier, et chercher de l'aide auprès de combattants singuliers.

C'est peut-être l'une des grandes réussites de cette tétralogie : Baranger a su construire une galerie de personnages qui nous tiennent à cœur, malgré leur nombre et la complexité de leurs trajectoires. Les voir converger vers l'affrontement final dans ce dernier tome est une vraie satisfaction. On mesure le chemin parcouru, on redoute de les perdre. Et l’auteur nous offre un dénouement palpitant, mené avec une belle maîtrise, qui tient toutes ses promesses.

Sorcier de sang est le tome que cette tétralogie méritait : ambitieux, généreux, et capable de refermer proprement une fresque qui court sur plus de deux mille pages ! À découvrir, vraiment.

Note : ★★★★☆

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Ars Obscura, tome 4 : Sorcier de sang, de François Baranger
Editions Denoël (2025) - 624 pages - Support numérique - Fantasy

1816. Vaincu par Ludwig, Élégast, le Sorcier Empereur, est en fuite. Afin d'éviter l'effondrement de l'Empire, Irénion Brégante a pris le pouvoir et rétabli le Consulat. Mais la menace russe s'est brusquement accentuée depuis que leur terrifiant sorcier, Vakt, a supplanté le tsar. Irénion doit à tout prix reconstituer la Grande Armée pour empêcher les Russes et l'infâme Faction Rouge d'anéantir les troupes françaises. Éthelinde s'efforce, quant à elle, de découvrir un moyen de refermer les bulles noires permanentes. En outre, les soupçons qu'elle nourrit au sujet de Lithian deviennent si sérieux qu'elle en vient à provoquer une confrontation, afin de faire avouer à la magesse le lourd secret qu'elle semble leur cacher depuis longtemps. De son côté, Ludwig, de plus en plus renfermé, retrouve enfin une raison de vivre lorsqu'il comprend qu'il a une chance de ranimer l'un des anciens portails qui menaient autrefois vers l'Autre Monde. Il ne rêve que de rejoindre la reine Mab. La menace que Vakt, Seigneur de l'Abîme, fait désormais peser sur l'humanité devient si grande que les ennemis d'hier vont devoir s'allier et même chercher de l'aide auprès de combattants singuliers... Chacun craint que les conséquences de l'ultime conflagration qui s'annonce ne signifient rien de moins que la fin de l'humanité...

Le compte Bluesky de l'auteur : https://bsky.app/profile/francois-baranger.bsky.social


Avec ce quatrième volume d'anthologie steampunk, Oneiroi continue de construire une ligne éditoriale cohérente et engagée. Le steampunk y est présenté comme un genre issu de la science-fiction, prenant ses racines dans les écrits de Jules Verne et de H.G. Wells, et qui donne la parole aux marginaux et aux laissés-pour-compte. Ce n'est pas qu'un argument marketing : ça se ressent dans le choix des thèmes de leurs anthologies, et ce quatrième opus s'interroge sur l'utilisation d'inventions technologiques à des fins politiques.

C'est Alexandre Boise qui ouvre le bal avec Le prix du charbon. Son héros, Théodore Nicéphore Niépce, est le fruit de son époque, à savoir xénophobe et sexiste, et il pourra en agacer plus d’un ! En ce qui me concerne, j’ai trouvé que le ton irrévérencieux et la pointe d'humour de cette nouvelle allégeaient le propos sans en diluer la substance. On sent combien l’auteur s’est amusé à l’écrire, et cet entrain est communicatif. Une belle entrée en matière.

Vient ensuite Sacha Page avec Prophétesse. Quelle belle idée que celle de transposer le steampunk dans la Rome antique ! Un mélange audacieux qui fonctionne bien. Voir le colisée et le culte d'Isis revisités à travers le prisme des inventions mécaniques et des jeux de pouvoir religieux, je ne m’y attendais pas du tout. On y croise des personnages que j'aurais volontiers suivis plus longtemps, portés par une plume qui sait créer une belle atmosphère.

J'ai eu un peu plus de mal avec Zvukofon, de Matthieu Clerjaud. L'idée de départ est pourtant pleine de promesses — un phonographe détourné à des fins de propagande, c'est exactement le genre de concept qui fait tout le sel du steampunk engagé. Mais j'ai trouvé que le récit prenait son temps sans tout à fait tenir ses promesses, et la chute ne m'a pas surprise autant que je l'aurais espéré. Rien de rédhibitoire, juste une légère impression de potentiel pas tout à fait exploité.

Paul Carto clôt l'anthologie avec Soleil noir. Ses personnages existent d'emblée. On ne les apprivoise pas progressivement, on les rencontre et on les reconnaît, comme si on les connaissait déjà un peu. C'est un talent rare dans le format court, où les auteurs manquent souvent de place pour donner de l'épaisseur à leurs héros : Carto, lui, n'a pas ce problème. L'immersion est quasi instantanée, et avec elle, l'inquiétude pour ce qui va leur arriver. Le bémol, c’est que, pour moi, le final est un peu trop abrupt, et c’est d’autant plus frustrant que le reste du texte est bon.

Invention & Jeux de pouvoirs est donc une anthologie portée par une ligne thématique cohérente et des textes solides. C’était déjà le cas des recueils précédents, et j’imagine que ça l’est aussi des suivants — oui, je suis en retard dans mes lectures. Le genre de livre qui donne envie de suivre ces auteurs dans leurs futurs projets et de découvrir plus avant le steampunk, alors foncez !

Note : ★★★★☆

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Anthologie de Nouvelles Steampunk, vol. 4 : Invention & jeux de pouvoir, d'un collectif Oneiroi
Oneiroi (2022) - 168 pages - Support papier - Nouvelles & Recueils

Le steampunk joue avec l’histoire du XIXe siècle, la tord et en imagine des ressorts différents de notre réalité. Dans cette anthologie, vous marcherez dans les pas d’inventeurs en quête de gloire, de pouvoir, de connaissance ou d’argent. Pris dans les feux croisés de la politique, ces ingénieurs interrogent leur sens moral : ils devront décider entre mettre leur création au service du gouvernement ou du peuple. Cependant, ce choix leur appartient-il vraiment ?


Ma relation aux Archives de Roshar est… un peu compliquée. Les derniers tomes m’avaient demandé un effort considérable. Non pas que l'univers soit inintéressant, loin de là, mais les longueurs étaient légion, et j’avais souvent l’impression que l'intrigue avançait à la vitesse d'un escargot. Alors quand j'ai ouvert cette première partie de Rythme de guerre, je l'avoue, j'étais un peu sur mes gardes. Eh bien, bonne nouvelle : ça s’est nettement mieux passé !

Pour ceux qui vivraient dans une grotte et ne connaîtraient pas encore l'auteur, Brandon Sanderson est une machine à écrire ! Né en 1975, il est l'auteur des Archives de Roshar, un cycle de fantasy qui s'intègre dans son univers étendu du Cosmère, et qui prévoit à terme dix romans divisés en deux séries de cinq, chaque tome étant édité en deux volumes en France. Autant vous dire que l’on s’inscrit dans la durée, mais cet opus est bien plus rythmé que les précédents.

La guerre fait toujours rage aux quatre coins de Roshar. Les forces d'Abjection ont pris le contrôle de la moitié des royaumes humains, et celles de la coalition luttent sur tous les fronts face à un obstacle de taille : leurs ennemis se réincarnent à chaque passage de la Tempête Éternelle. Une année s'est écoulée depuis la chute d'Alethkar, et les Parshendis sont désormais menés par les Fusionnés, en guerre contre les Humains depuis des temps immémoriaux. La situation est donc très sombre, mais toutes les pièces sont enfin en place sur l’échiquier.

Kaladin, toujours hanté par ses démons intérieurs, continue de porter ce poids émotionnel qui fait de lui un héros si humain. Shallan, de son côté, continue d'explorer les fractures de sa propre identité, un fil narratif qui gagne ici en profondeur. Ce tome met également davantage en lumière Navani, souvent reléguée au second plan dans les volumes précédents. Les personnages évoluent, s'approfondissent, se remettent en question, mais la richesse de l'univers imaginé par Sanderson ne se dément pas. L'action est mieux répartie, et le climax principal commence à se dessiner dès le milieu du volume. L’écriture, quant à elle, reste fonctionnelle, claire, efficace. Elle sert l'intrigue et les personnages avant tout.

Si vous avez, comme moi, souffert des longueurs des tomes précédents, sachez que cette première partie de Rythme de guerre m'a réconciliée avec la série. L'intrigue avance, les personnages bougent, les enjeux s'étoffent. J'ai tourné les pages avec un plaisir retrouvé, heureuse de replonger dans Roshar sans avoir l'impression de faire du sur-place. Une petite victoire, en somme ! 

Note : ★★★★☆

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Les Archives de Roshar, tome 7 : Rythme de guerre, 1ère partie, de Brandon Sanderson
Le Livre de Poche (2021) - 721 pages - Support numérique - Fantasy

Après avoir formé une coalition humaine pour repousser l’invasion des Néantifères, Dalinar et ses Chevaliers Radieux ont mené une campagne aussi brutale qu’impitoyable. Cependant, aucun des deux camps n’a réussi à prendre le dessus et la guerre s’enlise. Le spectre de la trahison possible de son allié Taravangian pèse sur chacune des décisions stratégiques de Dalinar. De son côté, Kaladin Béni-des-foudres doit s’habituer à son nouveau rôle parmi les Chevaliers Radieux alors que ses Marchevents font face à leurs propres problèmes : des Fusionnés, de plus en plus nombreux, se réveillent alors que plus aucun sprène d’honneur n’accepte de se lier avec des humains pour faire grossir les rangs des Radieux. Des émissaires de la coalition sont envoyés à la forteresse de l’Intégrité Constante pour convaincre les sprènes de se liguer avec eux contre les forces du dieu maléfique Abjection. Sinon, ils devront se confronter à l’horreur de la défaite…

Le site de l'auteur : https://www.brandonsanderson.com/


Éric Giacometti et Jacques Ravenne forment un duo assez unique : l’un est profane, l’autre initié. Amis de longue date, férus de symbolique et d'ésotérisme, ils collaborent depuis 2005 et la sortie du premier opus de leur série consacrée aux enquêtes du commissaire franc-maçon Antoine Marcas. Le règne des Illuminati, paru en 2014, en constitue le neuvième volet, mais c’est ma toute première excursion dans l’univers de ces deux auteurs. J'ai bien aimé l'expérience, même s’il souffre, à mon sens, de quelques défauts.

Marcas affronte ici une organisation secrète qui se revendique des Illuminati, ce groupe occulte qui enflamme les imaginations depuis sa disparition, au XVIIIe siècle. Deux histoires sont racontées en parallèle, avant de plus ou moins se recouper à la fin du livre. De Paris à San Francisco, Marcas remonte la piste d'une conspiration qui prend ses racines en 1794 dans la Révolution française – l’une des trames narratives, menée par Annibal Ferragus, chargé d’élucider le meurtre d'une jeune femme mutilée – et va traverser les siècles jusqu'au cœur de la Silicon Valley – l’autre trame narrative, celle de Marcas.

J'ai particulièrement apprécié ces deux fils temporels et leurs héros respectifs. Marcas, le commissaire contemporain, incarne le flic intègre pris dans une affaire qui le dépasse. Mais le personnage d’Annibal Ferragus apporte une vraie plus-value à l'histoire. Ce policier révolutionnaire, confronté à la Terreur de Robespierre, évolue dans un contexte historique passionnant. Tous deux partagent les mêmes valeurs maçonniques et la même détermination. En revanche, j’avoue avoir été déçue par la manière dont leurs histoires se rejoignent, trop superficielle à mon goût. J’attendais quelque chose de plus profond.

Le roman souffre également de quelques longueurs, notamment au milieu du récit, où j’ai parfois eu l’impression que l’intrigue tournait en rond et que les deux auteurs tiraient sur la corde pour atteindre un format plus conséquent. Chapitres courts, alternance entre les deux époques, rebondissements en tous genres : tout était conçu pour maintenir le lecteur en haleine. L'écriture reste d’ailleurs efficace, le style accessible et fluide, mais… Certains passages auraient quand même gagné à être raccourcis !

Du règne de la Terreur à l'assassinat du président Kennedy, des loges maçonniques au Bohemian Club américain, apprêtez-vous à plonger dans l'histoire secrète des États-Unis ! Une dimension qui constitue à la fois la force et la faiblesse du roman. D'un côté, elle crée une tension narrative prenante et permet aux auteurs d'explorer des zones d'ombre fascinantes de l'Histoire. De l'autre, elle verse parfois dans le complotisme un peu facile, et la surenchère dans le final - si bien que j’ai fini par m’y perdre un peu, très honnêtement.

Cela étant dit, malgré ces quelques réserves, j'ai passé un bon moment de lecture, ne vous y trompez pas. Les auteurs maîtrisent leur sujet et parviennent à vulgariser des concepts complexes sans ennuyer le lecteur. Je reprendrai sûrement la saga du début un jour, petit à petit. Cette première incursion m'a donné envie de découvrir les aventures antérieures d'Antoine Marcas. Un bon thriller ésotérique, donc, même s'il aurait gagné à être un peu plus resserré.

Note : ★★★★☆

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Commissaire Antoine Marcas, tome 9 : Le règne des Illuminati, de Giacometti & Ravenne
Pocket (2015) - 696 pages - Support papier - Thrillers & Polars

Paris, siège de l'Unesco : l'abbé Emmanuel est abattu par un tireur isolé. Un assassinat rappelant à certains celui de Kennedy et qui alimente très vite les plus folles thèses conspirationnistes. D'autant que la juge Gardane a découvert que le tueur était franc-maçon. À charge maintenant pour le commissaire Marcas de faire la lumière sur les possibles implications de cette révélation. De Paris à San Francisco, Marcas va affronter le fantôme d'une société secrète qui enflamme les imaginations depuis sa disparition mystérieuse, au XVIIIe siècle. L'enjeu : une découverte aux frontières de la science...

La page Facebook des auteurs : https://www.facebook.com/GiacomettiRavenneOfficiel/


On se retrouve aujourd’hui avec le dernier Stephen King paru en France, Ne jamais trembler. Un roman où il met de nouveau en scène Holly Gibney, personnage déjà au cœur de plusieurs autres histoires. Un livre "difficile à écrire", selon l’auteur lui-même dans sa postface, que je n’ai effectivement pas trouvé très réussi.

Dans Ne jamais trembler, Holly n'enquête pas vraiment, elle joue les gardes du corps pour une féministe, Kate McKay, déterminée à faire évoluer les mentalités. Militante des droits de la femme, cette dernière vient de se lancer dans une tournée de conférences sulfureuses aux États-Unis, sans vraiment prendre au sérieux les menaces de mort qu'elle reçoit. En parallèle, un psychopathe sévit en ville, bien décidé à tuer des innocents afin de culpabiliser les responsables de la condamnation d'un homme accusé à tort de pédophilie. Et Holly essaie d’aider son amie inspectrice, Izzy, à le démasquer.

Mon principal problème avec ce roman, c'est que l'auteur tourne en rond avec son personnage de Holly. Je n’ai pas l’impression qu’elle évolue en quoi que ce soit. Réservée, pleine de failles et de TOC, c’est un personnage qui disposait d’une marge de progression conséquente, mais King semble avoir épuisé son potentiel narratif. Dans chaque roman où elle apparaît, on retrouve les mêmes obsessions, les mêmes mécanismes psychologiques, et cela finit par desservir le récit.

Surtout quand, en plus, l’enquête ne sort pas des sentiers battus. C’est un polar parfaitement maîtrisé, mais l’intrigue se déroule de manière assez prévisible. C’est bien écrit, distrayant, mais je l’ai trouvé un peu "mou du genou", comme on dit. King est capable de bien mieux. Quant à ce fameux match de softball entre policiers et pompiers, il m’a laissée clairement dubitative. Avec un serial killer en ville, les flics n’avaient-ils rien d’autre à faire que de s’entraîner pour ce match caritatif ? Au final, il apparaît juste comme un prétexte maladroit destiné à réunir tous les personnages au même endroit au même moment.

Cela dit, King essaie de faire passer des messages importants. Montée de l'intégrisme religieux, mise en péril du droit à l'avortement : il vise de nouveau en plein dans le cœur des enjeux sociaux de son pays. Il évoque avec force deux camps qui s'affrontent à coup d'idéologie, de religion, de croyance, chacun d’eux étant persuadé de faire le bien, quitte à employer la manière forte. Cette dimension politique et sociale du roman est peut-être ce qu'il a de plus intéressant à offrir.

Ne jamais trembler se lit sans déplaisir, mais sans véritable enthousiasme non plus. Vous ne tremblerez pas beaucoup, et c'est bien là tout le problème : un thriller de King devrait faire bien plus que nous distraire mollement pendant quelques heures. Une déception.

Note : ★★★☆☆

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Ne jamais trembler, de Stephen King
Albin Michel (2026) - 528 pages - Support numérique - Thrillers & Polars

« La justice est aveugle, la violence aussi... Je vais tuer 13 innocents et 1 coupable. Ainsi, ceux qui ont causé la mort de l'innocent souffriront. Il s'agit d'un acte d'expiation. »
Quatorze citoyens dans le viseur d'un prétendu justicier. Signée d'un certain Bill Wilson, la lettre, parvenue à la police de Buckeye City, sème la panique. Surtout lorsqu'il apparaît que le meurtrier choisit ses victimes au hasard. Militante des droits de la femme, Kate McKay vient de se lancer dans une tournée de conférences sulfureuses aux États-Unis. Sans prendre au sérieux les menaces d'un individu qui semble déterminé à la faire taire à tout prix. Au cœur de ces deux affaires, Holly Gibney, le personnage préféré de Stephen King. Palpitant, caustique et scandaleusement captivant, ce roman explore les zones d'ombre de la justice, la colère comme idéologie et la capacité à résister. Il confirme, une fois encore, la maestria d'un écrivain qui n'a jamais cessé d'explorer ce qui nous rend humains et ce qui fait de nous des monstres.

Le site de l'auteur : https://stephenking.com/index.html



Nghi Vo est une autrice américaine dont la novella L'Impératrice du Sel et de la Fortune a remporté le Prix Hugo 2021. Publié en 2023 aux éditions L'Atalante, ce premier opus du cycle des Archives des Collines-Chantantes a marqué l'arrivée en France d'une voix singulière dans le paysage de la fantasy. Avec à peine plus de cent pages, l’autrice livre une expérience de lecture portée par une écriture poétique et une structure narrative originale.

L'histoire débute sur les chemins entre les Collines-Chantantes, le monastère des adelphes archivistes, et la capitale, où se rendent Chih et sa huppe Presque-Brillante pour assister à une éclipse, ainsi qu’au sacrement de la nouvelle impératrice. En route, ils visitent le palais de la Lumière-Éblouissante, lequel est abandonné depuis le départ de l'impératrice du Sel et de la Fortune, In-yo. Ils font, sur les lieux, la connaissance de Lapin, une vieille servante ayant vécu avec cette impératrice, dont elle va leur raconter l'histoire à travers les objets que Chih recense dans cette demeure.

J'ai particulièrement aimé la manière dont l'histoire est racontée. La plume est très belle et la narration originale. En effet, Chih apprend le passé de l'Impératrice de la bouche de Lapin, qui se remémore ses souvenirs au fur et à mesure qu’iel découvre de nouveaux objets dans le palais. Cette construction crée une atmosphère particulière, presque onirique. Chaque objet devient le catalyseur d'un souvenir, d'une anecdote, d'un fragment de l'histoire de l’impératrice. Nghi Vo maîtrise l'art de la suggestion, préférant évoquer plutôt que décrire, et elle réussit à créer des images puissantes en peu de mots.

Les personnages sont intrigants, solides et attachants. Il y a tout d’abord Chih, adelphe non binaire dont la vocation réside dans la mémoire et la transmission des histoires. Iel essaie de reconstituer le puzzle de l'Histoire en récoltant du savoir et des anecdotes. Presque-Brillante, sa huppe parlante, est dotée d’une mémoire infaillible et ajoute une touche de légèreté au récit. Puis il y a Lapin, la servante devenue confidente, qui constitue le cœur émotionnel du récit. Son amitié avec l’impératrice se construit au fur et à mesure des épreuves, et c'est cette relation très forte qui fait en partie le charme de cette histoire. Enfin, In-yo, l’impératrice, dont ce premier tome met en scène l’ascension : moquée à la cour à cause de ses différences, humiliée par son époux et envoyée en exil après qu’elle lui ait donné un héritier…

Attention, ne vous attendez pas à un récit plein d’action ! C'est surtout une ambiance et beaucoup de sous-entendus. Cette approche feutrée pourrait sembler frustrante, mais j’ai trouvé qu’elle créait une atmosphère poétique et envoûtante. Une jolie découverte, qui fait la part belle à la transmission orale et à la mémoire, et m'a véritablement séduite. Je découvrirai la suite avec grand plaisir.

Note : ★★★★☆

Plus d'informations

Les Archives des Collines-Chantantes, tome 1 : L'impératrice du sel et de la fortune, de Nghi Vo
L'Atalante (2023) - 120 pages - Support papier - Fantasy

Un mariage politique force In-yo, jeune femme de sang royal, à s'exiler au sud, dans l'empire Anh. Ses frères sont morts, ses armées et leurs mammouths de guerre vaincus de longue date restent reclus derrière leurs frontières. Seule et humiliée, elle doit choisir ses alliés avec circonspection. Lapin, une jeune servante vendue au palais par ses parents en réparation de l'absence de cinq paniers de pigments se prend d'amitié pour la nouvelle épouse esseulée de l'empereur et en voit son existence bouleversée. Chih interroge la domestique au crépuscule de sa vie sur les divers objets peuplant sa maison. Leurs origines forment une histoire que les archives officielles ignorent et qui pourrait déstabiliser l'empire.

Le site de l'autrice : https://nghivo.com/

On se retrouve aujourd’hui avec Toutes les nuances de la nuit, de Chris Whitaker, un roman noir paru aux éditions Sonatine en 2025. C’était ma première excursion dans l’univers de cet auteur britannique, et malgré quelques petites longueurs, j’ai beaucoup aimé ce roman.

Nous sommes à Monta Clare, une petite communauté tranquille du Missouri, en 1975. Patch Macauley, 13 ans, a disparu après avoir porté secours à une de ses camarades de classe aux prises avec un individu cagoulé. Borgne, Patch porte un bandeau de pirate, comme ceux qui peuplent son imaginaire. Saint est sa meilleure amie et décide de tout mettre en œuvre pour découvrir ce qui lui est arrivé. Lorsque Patch refait surface, presque un an plus tard, il évoque Grace, une adolescente à laquelle il doit d’avoir tenu le coup durant sa captivité, et qu’il n’aura de cesse, toute sa vie durant, d’essayer de retrouver.

Les personnages sont vraiment très attachants. Patch, ce jeune homme borgne qui se rêve en pirate, m'a profondément touchée. Élevé par une mère à la dérive, il n’a jamais eu la vie facile. Il vit sous le seuil de pauvreté, ne mange jamais à sa faim et s’accroche de toutes ses forces à sa seule amie : Saint. Élevée par sa grand-mère, cette dernière est tout sauf populaire, mais elle est dotée d’un caractère farouche, tenace et indépendant. Sa fidélité à son ami la poussera à veiller sur Patch à son propre détriment.

Chris Whitaker compose ici un casting mémorable, des personnages principaux jusqu'aux secondaires : Norma la formidable grand-mère, Misty l’adolescente sauvée par Patch, Nix l'inspecteur ou encore Sammy le directeur de la galerie d’art. Tous m’ont paru originaux et complexes, mais surtout terriblement humains, et crédibles dans cette Amérique de la fin du XXe siècle. On est à la limite de la littérature contemporaine avec ce roman. Saint et Patch recherchent un tueur en série, certes, mais réduire ce roman à cela serait une erreur. C'est aussi une fable profonde et complexe sur l'amour, le deuil, la résilience et l'espoir.

L'auteur explore l'amitié indéfectible, les traumatismes de l'enfance et leur impact sur l'âge adulte, mais aussi la quête identitaire et la possibilité de la rédemption. Le poids du regard social, la parentalité et ses ambiguïtés sont également au cœur de ce récit dense et humaniste. Whitaker parvient à aborder ces thématiques universelles avec une sensibilité rare, sans jamais tomber dans le pathos ou la facilité. La noirceur est là, bien sûr, entre enlèvements, deuils, familles déchirées, mais elle n'est jamais totale. Whitaker prend son temps, ce sont les personnages, leur évolution psychologique, leurs ressorts les plus intimes, qui propulsent l'action.

Alors oui, il y a quelques petites longueurs, et certains passages auraient pu être raccourcis sans nuire à l'ensemble. Mais ces moments plus lents ne gâchent en rien le plaisir de lecture, car ils servent souvent à approfondir la psychologie des personnages ou à installer une atmosphère. On sort de cette lecture bouleversé, pas par une révélation finale spectaculaire, mais par la somme des émotions traversées.

Note : ★★★★★

Plus d'informations

Toutes les nuances de la nuit, de Chris Whitaker
Sonatine (2025) - 816 pages - Support papier - Thrillers & Polars

Jusqu'à ce jour de 1975, Monta Clare était une petite communauté tranquille des Ozarks. Aujourd'hui, les sirènes des voitures de police retentissent dans toute la ville. Dans un quartier paisible, les habitants sont interrogés, tous doivent fournir des alibis. La raison ? Le jeune Patch McCauley a disparu. Dans la forêt voisine, on a retrouvé son tee-shirt, maculé de sang. Saint, une jeune fille du village au caractère bien affirmé, décide de faire tout ce qui est en son pouvoir pour découvrir ce qui est arrivé à son ami. Elle harcèle le shérif, mène sa propre enquête, cherche des pistes. Les jours passent, puis les mois. L'affaire ne fait plus les gros titres des journaux, et cependant, Saint s'obstine. Trois cent sept jours plus tard, Patch McCauley réapparaît. L'affaire est réglée ? Non. Bien au contraire, il faudra des décennies pour élucider tous les mystères et faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé durant ces trois cent sept jours.

Le site de l'auteur : https://sites.prh.com/chriswhitaker

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