Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali


J’ai découvert les écrits de Sarah Cohen-Scali en 2014 avec Max, l’histoire d’un petit garçon issu d’un Lebensborn nazi et complètement endoctriné. Un roman qui m’avait pas mal chamboulée, extrêmement dur, dérangeant, mais dont je n’étais que trop consciente de l’importance. Récemment, j’ai vu le film Jojo Rabbit, du réalisateur Taika Waititi, dont le héros est un petit allemand au nationalisme aveugle, encore une claque monumentale. J’étais dans le mood, j’ai enchaîné avec Orphelins 88.

On est clairement dans le même registre. Josh est un gamin amnésique qui porte un matricule de camp de concentration sur le bras. À la fin de la guerre en juillet 1945, retrouvé par les Américains, il échoue dans un orphelinat où l’on essaie de l’aider à se souvenir de qui il est, de ce qui lui est arrivé. C’est une véritable quête d’identité que l’autrice nous propose ici, pour ce gosse qui rêve en allemand, n’est pas circoncis et pourtant sort d’un camp ! Perdu dans un monde en pleine déliquescence, il est incapable de se reconstruire sans savoir qui il est. Et le chemin sera bien long...

C’est encore un roman très dur, bien sûr, où il est question de ces petits polonais blonds aux yeux bleus raflés par des nazis pour être rééduqués à la mode aryenne et adoptés ensuite par des Allemands pure souche, un SS dans le cas de Josh. L’histoire de ce gamin, celles des autres orphelins qu’il va rencontrer, sont juste bouleversantes. On pense souvent l’après-guerre comme une période de délivrance et de pur bonheur, mais c’est sans compter ces millions de gens qui se sont retrouvés certes libres mais sans rien, du jour au lendemain. L’enfer était loin d’être terminé pour eux.

Le récit est lent et va au rythme de la reconstruction de Josh. On suit son quotidien, la manière dont il rejette le conditionnement qu’on lui a fait subir, les quelques bribes de souvenirs qui lui reviennent peu à peu. C’est très sombre, très noir et pourtant deux adultes apportent une touche de lumière à tout ça : Ida, la directrice de l’orphelinat qui se démène pour ses petits pensionnaires, pour les aider à retrouver leur famille quand c’est possible ou à émigrer dans un autre pays comme l’Angleterre ou le Canada ; et Wally, un soldat noir américain solaire, lui-même en but au racisme dans son pays.

Un roman brut, qui met en lumière les horreurs de la guerre et notamment celles qu’ont pu vivre tous les orphelins 88. On a le cœur serré à la lecture de ces pages où l’autrice mêle très habilement fiction et réalité historique. Un roman certes difficile à encaisser mais qui apporte une lumière intéressante et assez inédite sur l’après-guerre et le sort de tous ces enfants livrés à eux-mêmes à la sortie des camps.

Note : ★★★☆

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Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali
Editions Robert Laffont (2018) - 336 pages - Support numérique - Littérature historique

Munich, juillet 1945. Un garçon erre parmi les décombres… Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? D'où vient-il ? Il n’en sait rien. Il a oublié jusqu’à son nom. Les Alliés le baptisent « Josh » et l’envoient dans un orphelinat où Ida, directrice dévouée, et Wally, jeune soldat noir américain en butte au racisme de ses supérieurs, vont l’aider à lever le voile de son amnésie. Dans une Europe libérée mais toujours à feu et à sang, Josh et les nombreux autres orphelins de la guerre devront panser leurs blessures tout en empruntant le douloureux chemin des migrants. Si ces adolescents sont des survivants, ils sont avant tout vivants, animés d’un espoir farouche et d’une intense rage de vivre. Un roman saisissant qui éclaire un pan méconnu de l’après-Seconde Guerre mondiale et les drames liés au programme eugéniste des nazis, le Lebensborn.

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