C’est ma première incursion dans l’univers de Vera Buck, autrice allemande dont Les enfants loups, paru chez Gallmeister en 2024, est le premier roman traduit en français. Et c’est une entrée en matière plutôt convaincante.
Dans les montagnes quelque part en Europe centrale, au-dessus du village d’Almenen, il existe un hameau dont le reste du monde ignore jusqu’à l’existence : Jakobsleiter. Une communauté anabaptiste régie par des règles strictes, dirigée d’une main ferme par son prêtre, coupée du monde moderne par choix autant que par la géographie. Rebekka rêve de fuir Jakobsleiter, et un jour, elle disparaît. Elle n’est pas la première : en bas, dans la vallée, Smilla recense depuis des années les jeunes femmes qui se sont évaporées dans cette région. Elles sont nombreuses et parmi elles, sa meilleure amie, Juli, disparue il y a dix ans. Alors Smilla est prête à creuser jusqu’aux fondations de Jakobsleiter pour découvrir la vérité.
Vera Buck nous propose là un roman choral, qui donne la parole à plusieurs personnages aux situations et aux perspectives bien différentes. Il y a Jesse, dix-sept ans, né à Jakobsleiter où il a grandi, et dont il commence à voir les limites. Il est l’un des personnages les plus attachants du roman : tiraillé entre la fidélité à sa communauté et l’appel du monde extérieur, qu’il n’a jamais vraiment eu le droit de regarder en face. Et puis il y a Edith, neuf ans, enfant sauvage cachée par son père dans les montagnes, présence à part, mystérieuse, vulnérable, singulière, parfois même inquiétante.
Ces trois-là, Smilla, Jesse, Edith, forment le cœur émotionnel du roman. Ils sont différents de ce que leurs communautés respectives attendent d’eux, et c’est précisément cette marginalité qui les rend attachants. Mais la vraie force des Enfants loups, c’est l’atmosphère. Vera Buck excelle à faire de la montagne et de la forêt quelque chose de vivant. Les forêts sombres, les cavernes, le vent, la boue, tout cela imprègne le récit d’une façon qui contribue à faire monter la tension.
Vera Buck dose ses révélations. Les secrets de Jakobsleiter se dévoilent progressivement, par couches successives, au gré des points de vue qui se relaient. Chaque personnage n’en sait qu’une partie, et c’est précisément cette dispersion de l’information qui entretient le suspense. La mécanique d’ensemble tient bien, l’autrice savait où elle allait, ce qu’elle voulait faire, et elle l’a fait avec une belle maîtrise. Une première excursion dans l’univers de Vera Buck qui donne envie d’y revenir.
Dans les montagnes, au cœur de la forêt où rôdent encore les loups, se niche le hameau de Jakobsleiter. La vie y est rude et la nature impitoyable. Surtout pour la jeune Rebekka qui rêve de s’enfuir très loin. Puis, un jour, elle disparaît soudainement. Ce n’est pas la première femme engloutie par cette région hostile sans laisser la moindre trace. Pourtant, seule Smilla, stagiaire au journal local, est convaincue qu'un tueur en série rôde dans la région, peut-être celui-là même qui lui a enlevé sa meilleure amie il y a dix ans. Envers et contre tous, elle est prête à faire voler en éclats les sombres secrets enfouis au plus profond des montagnes et des grottes millénaires. Quel mystère se cache derrière la communauté isolée de Jakobsleiter ? Y-a-t’il un lien entre ces disparitions ? Un mensonge, maintes fois répété, peut-il devenir la vérité ?





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