Robin Hobb est l’une des grandes dames incontestées de la fantasy et sans aucun doute l’une de mes autrices préférées. Les Six-Duchés, Castelcerf, la lignée des Loinvoyant, le Vif, l'Art, tout cela fait partie d’un univers fabuleux et inoubliable. Mais pourquoi le Vif est-il à ce point craint et méprisé dans les Six-Duchés ? Pourquoi ceux qui le possèdent sont-ils marqués d'infamie, parfois jusqu'à la mort ? Ce sont à ces questions que répond la novella préquelle Le prince bâtard.
Une lointaine légende raconte que le prince Pie, doué du Vif, fut destitué de son trône par une conjuration de nobles soucieux de préserver l'intégrité de la lignée des Loinvoyant. Le prince bâtard nous offre l'envers de cette version. La narratrice, Félicité, nous fait le récit de ses années auprès de la reine-servante Prudence, puis de son fils, le prince Pie. C'est par ses yeux qu'on découvre la vérité sur le prince, et c'est précisément là que le bât blesse. Ici, on ne vit pas l'histoire : on nous la raconte.
Félicité est une narratrice externe, qui restitue des faits, résume des années, condense des décennies en quelques paragraphes. Ce récit d'une femme qui couche sur le papier ce qu'elle a vu, pour que la vérité éclate dans une décennie ou dans un siècle, crée une distance qu'on ne parvient jamais vraiment à combler. On observe la vie du prince plutôt que de la partager. On apprend ce qu'il a fait, ce qu'il a subi, sans jamais entrer dans sa tête, dans ses doutes, dans ses peurs. Et puis Félicité elle-même m’a un peu posé problème. Poussée par sa propre mère, elle porte de grandes ambitions pour son fils, Cardinal, et sa bienveillance envers le prince Pie n’est pas inintéressée. C’est certes intéressant intellectuellement — un narrateur partial, c'est toujours plus riche — mais cela rend l'attachement difficile.
Malgré ces réserves, je suis contente de l'avoir lu, parce que ce récit reste précieux pour qui a traversé les cycles de L'assassin royal, Les aventuriers de la mer et Les cités des Anciens. Voir comment un prince, une lignée, une série de trahisons politiques a pu engendrer des siècles de persécution donne une épaisseur supplémentaire à cet univers. Les intrigues de cour, les manipulations des nobles qui ont instrumentalisé la différence du prince pour servir leurs propres intérêts, la façon dont un mensonge bien orchestré peut devenir vérité historique, tout cela est traité avec l'intelligence habituelle de Robin Hobb. Et puis il y a simplement le plaisir de retrouver cet univers.
Le prince bâtard est une novella qui remplit honnêtement sa mission de préquelle : elle éclaire, elle contextualise, elle enrichit rétrospectivement ce qu'on a lu. Mais elle ne transcende pas son statut d'annexe. La distance narrative prive le prince Pie de la profondeur qu'il méritait, et on referme le livre légèrement frustré.
Une des légendes les plus sombres du royaume des Six Duchés raconte l'histoire du prince Pie, doué du Vif, qui fut jeté à bas du trône par les actions de nobles courageux afin que la lignée des Loinvoyant demeure sans tare. Aujourd'hui, la vérité qui se cache derrière le mythe se dévoile grâce au récit de Félicité, compagne roturière de la princesse Prudence de Castelcerf : avec celle-ci à ses côtés, Prudence devient une reine-servante au fort tempérament mais, quand elle donne le jour à un bâtard qui porte sur le corps la robe pie du cheval de son père, c'est Félicité qui se charge de l'élever. Et, lorsque le prince Pie arrive au pouvoir, les intrigues politiques propagent de dangereux discours sur le Vif qui changeront à jamais le royaume...
Le site de l'autrice : http://www.robinhobb.com/





4 commentaires
Je n'ai toujours pas terminé la saga de l'assassin royal (j'ai fini le tome 8), alors que j'adore ces romans. Peut-être que je devrais les enchaîner, comme j'ai fait pour The Empyrean. 😁 En tout cas, je ne savais pas qu'il y avait un préquel.
RépondreSupprimerJe suis une grande fan de Hobb et de ces univers en particulier. Là, très honnêtement, c'est dispensable, mais ça m'a quand même fait plaisir de retrouver Castelcerf. :)
SupprimerJ'aurais tellement de mal à me replonger dans l'univers comme ça, avec un texte annexe, en ayant oublié la majorité de l'univers.
RépondreSupprimerJe m'en souviens plutôt bien, quant à moi, c'est plus la narration qui m'a un peu dérangée, à vrai dire.
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