dimanche 16 septembre 2018

Gwendy et la boîte à boutons, de S. King et R. Chizmar


On se retrouve ce dimanche avec une novella écrite à quatre mains par Stephen King et Richard Chizmar. Si l’on ne présente plus le premier, le second m’était complètement inconnu mais après quelques petites recherches, il s’avère que c’est un nouvelliste reconnu outre Atlantique. Cette collaboration ne pouvait donc faire que des étincelles ! Gwendy et la boîte à boutons se savoure comme une gourmandise. C’est une histoire fantastique toute simple qui se déroule à Castle Rock, la ville la plus noire que King ait jamais inventé.

On y suit les pas de la jeune Gwendy, 12 ans, légèrement enrobée, qui décide pour son entrée au collège de perdre tous ces kilos superflus qui lui pourrissent la vie et incitent ses camarades à l’appeler Bibendum. Alors tous les jours, elle grimpe en courant les Marches des Suicidés. Jusqu’à ce qu’un inconnu en costume et petit chapeau noir lui offre une curieuse boîte à boutons. Dès le quatrième de couverture, ça sent le King à plein nez ! Une enfant perdue et maltraitée, un drôle de bonhomme, un objet magique et des choix à faire… Si cela ne vous rappelle pas Bazaar, c’est que vous ne l’avez pas lu !

J’ai lu cette histoire d’une seule traite et je pense que ceux qui apprécient les nouvelles de King en général vont également aimer celle-ci. Comme toute bonne nouvelle qui se respecte, elle vous emporte dès les premières lignes et vous n’arrivez plus à la lâcher. Il pourrait se passer à peu près n’importe quoi et on a vraiment hâte de découvrir comment tout cela va mal tourner. Car il est évident que cela va mal tourner. Et l’on est d’autant plus inquiet que Gwendy est une gamine très attachante, à laquelle on s’identifie si facilement. On se demande sans cesse ce que l’on aurait fait à sa place, si ses choix sont les bons, quelle catastrophe ils vont enclencher.

Cette boîte à boutons a un peu joué pour moi le rôle de machine à voyager dans le temps. J’ai eu le sentiment de remonter dans le passé et de retrouver les anciens écrits de mon auteur fétiche. Ceux dont des enfants mal dans leur peau sont les héros, ceux qui se déroulent dans ces petites villes américaines populaires où il se passe des choses étranges. La particularité ici réside sans doute dans le fait qu’au final, on ne sait pas vraiment à quel camp appartient la boîte à boutons. Entre de bonnes mains, elle fait le Bien, ou en tous cas pas le Mal, mais entre de mauvaises… J’ai hâte de découvrir Elevation, une nouvelle annoncée au mois d’octobre aux Etats-Unis, et qui serait une suite à cette histoire.

Note : ★★★★☆

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Gwendy et la boîte à boutons, de Stephen King et Richard Chizmar
Editions Le Livre de Poche (2018) - 160 pages - Support numérique - Fantastique & Horreur

Trois chemins permettent de gagner Castle View depuis la ville de Castle Rock : la Route 117, Pleasant Road et les Marches des suicidés. Comme tous les jours de cet été 1974, la jeune Gwendy Peterson a choisi les marches maintenues par des barres de fer solides qui font en zigzag l’ascension du flanc de la falaise. Lorsqu’elle arrive au sommet, un inconnu affublé d’un petit chapeau noir l’interpelle puis lui offre un drôle de cadeau : une boîte munie de deux manettes et sur laquelle sont disposés huit boutons de différentes couleurs. La vie de Gwendy va changer. Mais le veut-elle vraiment ? Et, surtout, sera-t-elle prête, le moment venu, à en payer le prix ? Tout cadeau n'a-t-il pas sa contrepartie ?

Site de l'auteur : https://www.stephenking.com/ et http://richardchizmar.com

samedi 15 septembre 2018

Cœurs hybrides, de Anna Combelles


Dans un monde où les dirigeables ont conquis le ciel… Les femmes sont pourtant considérées comme des êtres inférieurs… Avant de commencer, je vous engage à lire ou relire le quatrième de couverture de ce roman, vous y trouverez précisément tout ce qu’il n’est pas ! Vous espérez du steampumk ? Passez votre chemin, je n’ai toujours pas trouvé le moindre des dirigeables dont il est question. Vous vous attendez à une réflexion sur la condition féminine au XIXe siècle ? Faites immédiatement demi-tour, vous ne trouverez pas de ça ici ! Non, soyons clairs, Cœurs hybrides est une romance, une pas très bonne en outre, et il n’est que ça.

C’est l’histoire de Jade et Ethan, deux jeunes gens que tout oppose, à commencer par la rivalité entre leurs deux familles, et qui bien sûr vont tomber fous amoureux l’un de l’autre. Ne comptez pas sur moi pour établir une quelconque comparaison avec l’illustre classique de Shakespeare, il se retournerait dans sa tombe, le pauvre ! Là où sa grandiose histoire d’amour nous emportait dans un drame familial et historique, celle-ci ne nous emporte... nulle part ! Je me suis rarement autant ennuyée à la lecture d’un livre.

La raison en est à mon sens bien simple : il n’y a pas d’histoire. Rien. La narration alterne entre les deux personnages principaux, auto-centrés sur leurs sentiments et leur histoire d’amour, et puis c’est tout. Si encore ils étaient sympathiques et attachants, mais même pas ! Ethan est un jeune homme torturé par la mort violente de sa mère et une séparation récente avec sa petite amie. Il passe sans cesse du garçon morose à l’amoureux transi et on s’en désintéresse assez vite. Quant à Jade, elle est juste insupportable de suffisance et elle m’a immédiatement tapé sur les nerfs. Ça partait mal, mais l’univers aurait peut-être pu rattraper la sauce…

Sauf qu’on n’y comprend pas grand chose ! Il est question de purs et d’hybrides, de métamorphes, de vampires et de loup-garous, d’une guerre ayant frappé une école, et a priori de deux familles ennemies. Voilà voilà voilà… On souffre terriblement du manque d’informations et c’est d’autant plus frustrant quand c’est au profit des niaiseries des deux tourtereaux. Il faut attendre les toutes dernières pages pour y voir un peu plus clair, on ne peut pas dire que ce choix soit très judicieux. Il y avait pourtant du potentiel dans cette histoire de Charismas, mais il aurait fallu s’appuyer sur un background solide au lieu de se concentrer sur la description des meubles d’époque !

Au final, est-il besoin de dire que j’ai détesté ? La romance, quand elle est au service de l’histoire, apporte parfois ce petit supplément d’âme qui fait sourire et battre le cœur. Quand elle est au centre du livre et même pire, quand il n’y a rien d’autre autour, elle n’a pas d’intérêt. Ennuyeux, tout simplement.

Note : ☆☆☆☆

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Cœurs hybrides, de Anna Combelles
Editions Sudarènes (2014) - 280 pages - Support papier - Bit-lit & Chick-lit

Au XIXe siècle, dans un monde où les dirigeables ont conquis le ciel et où les robes à dentelles frémissent dans tout Paris, les femmes sont pourtant considérées comme des êtres inférieurs. Rebelle, Jade, issue de la lignée des « Charismas » aux dons extraordinaires, décide alors de fuir la capitale, ravagée par une guerre fratricide entre sangs purs et hybrides. À des milliers de kilomètres de là, Ethan, parti chercher l'oubli, rencontre un homme qui va changer le cours de sa vie. Les destins de Jade et Ethan se trouveront liés d'une étrange façon.

Site de l'auteur : http://www.annacombelles.com/

samedi 8 septembre 2018

Hex, de Thomas Olde Heuvelt


Si tu devais décider de la mort de quelqu’un, qui choisirais-tu : ton propre fils ou un village entier ? Ces quelques mots prononcés au détour d’une conversation entre un père et son fils prennent des allures de prophétie une fois tournée la dernière page de ce roman. Hex, c’est l’histoire d’une famille qui vit à Black Spring, une petite ville plutôt agréable de la vallée de l’Hudson. Il y a Steve, le père, Jocelyn, la mère, Tyler et Matt, les deux garçons de dix-sept et treize ans, et celle qu’ils surnomment Mamie, une sorcière qui hante la ville depuis des centaines d’années…

Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas plongée dans pareille histoire, et je l’ai fait avec une certaine délectation, il faut bien le dire. J’attendais beaucoup de ce roman et je n’ai vraiment pas été déçue même si en commençant ma lecture, j’espérais peut-être un tout petit peu plus d’action. Au final, je me suis très vite rendue compte que ce n’était pas le propos, et j’ai savouré ce qu’on m’offrait. Un peu moins de deux mois avant Halloween, j’ai envie de le conseiller à tous les amateurs de frissons.

Crédit image : @FVaillancourt
C’est un récit original et extrêmement bien mené. On découvre d’abord comment les habitants de Black Spring vivent avec Katherine, la sorcière. Comment ils la dissimulent au reste du monde parce qu’ils craignent qu’elle ne soit la victime d’expériences de la part des curieux, de l’armée ou des scientifiques, et qu’elle ne s’en prenne ensuite à eux. Comment elle les retient à Black Spring aussi, leur envoyant des pensées suicidaires dès qu’ils restent éloignés trop longtemps. Et puis il y a ce petit groupe de jeunes avides de liberté et qui commencent à étouffer au sein de pareille communauté. On se dit que ça ne pouvait pas se passer autrement, mais on est encore bien loin du compte...

Tout du long, la tension monte, monte, monte et les pages se tournent toutes seules et à toute vitesse ! La peur n’est pas très bonne conseillère, ça n’a jamais été aussi vrai et Thomas Olde Heuvelt est décidément un maître ès ambiance pesante et horrifique ! La situation est explosive et le lecteur sent bien qu’une tempête va se déchaîner. On a envie de savoir quel en sera le déclencheur, ce qui va se passer et comment tout ça va se terminer pour Steve et sa famille. Les habitants de Black Spring réussiront-ils à vaincre le Mal ? Le trouveront-ils vraiment là où ils le cherchent ?

Ce roman a été un véritable coup de cœur ! J’ai adoré l’habileté de l’auteur à nous propulser dans cette terrible ambiance, à décrire la montée de la peur et de la folie qui s’empare des habitants de Black Spring. J’ai adoré les personnages, auxquels je me suis identifiée sans peine, y compris Steve, le père - désolée Woody, moi il me parle, cet homme-là ! ;) - et même Katherine, pauvre femme, victime de la bêtise des hommes. Enfin, j’ai adoré le dénouement ! Il est rare que je me dise qu’une histoire se termine exactement comme elle le devrait, mais c’était le cas ici, la fin était juste parfaite. Un petit bijou à ne pas manquer !

Note : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

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Hex, de Thomas Olde Heuvelt
Editions Bragelonne (2017) - 408 pages - Support numérique - Fantastique & Horreur

Quiconque né en ce lieu est condamné à y rester jusqu'à la mort. Quiconque y vient n'en repart jamais. Bienvenue à Black Spring, charmante petite ville de la Hudson Valley. Du moins en apparence : Black Spring est hantée par une sorcière, dont les yeux et la bouche sont cousus. Aveugle et réduite au silence, elle rôde dans les rues et entre chez les gens comme bon lui semble, restant parfois au chevet des enfants des nuits entières. Les habitants s'y sont tellement habitués qu'il leur arrive d'oublier sa présence. Ou la menace qu'elle représente. En effet, si la vérité échappe de ses murs, la ville tout entière disparaîtra. Pour empêcher la malédiction de se propager, les anciens de Black Spring ont utilisé des techniques de pointe pour isoler les lieux. Frustrés par ce confinement permanent, les adolescents locaux décident de braver les règles strictes qu'on leur impose. Ils vont alors plonger leur ville dans un épouvantable cauchemar...

Site de l'auteur : https://oldeheuvelt.com/

samedi 1 septembre 2018

Lecture commune - La disparition de Stéphanie Mailer


Depuis de nombreuses années, L'Imag'In Café vous propose des lectures communes à raison de deux à quatre fois par an. A compter du mois d'Octobre prochain, la communauté change d'approche et plutôt que de lire un même livre tous ensemble, nous vous proposons de lire un même auteur tous ensemble, charge à vous de choisir le livre qui vous fait envie dans la bibliographie de cet auteur.

Joël Dicker a été sélectionné par la majorité des membres du forum pour ouvrir la voie, c'est donc un de ses romans que nous découvrirons au mois d'octobre. Après avoir lu et apprécié La vérité sur l'affaire Harry Quebert puis Le livre des Baltimore, c'est avec plaisir que j'ai choisi La disparition de Stéphanie Mailer pour participer à cette lecture commune. Je suis un peu déçue de ne pas retrouver Marcus, mais j'espère apprécier tout autant Jesse et Derek.

Si le cœur vous en dit, n'hésitez pas à nous contacter, soit sur le forum, soit ici en commentaire, pour nous rejoindre dans cette aventure. Nous serons ravis d'avoir de la compagnie !


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La disparition de Stéphanie Mailer, de Joël Dicker
Éditions De Fallois (2018) - 640 pages - Support numérique - Thrillers & polars

30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l'Etat de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers : le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu'une passante, témoin des meurtres. L'enquête, confiée à la police d'Etat, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l'appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration. Mais vingt ans plus tard, au début de l'été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu'il s'est trompé de coupable à l'époque. Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses. Qu'est-il arrivé à Stephanie Mailer ? Qu'a-t-elle découvert ? Et surtout : que s'est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea ?

Site de l'auteur : https://joeldicker.com/

La rivière de l'oubli, de Cai Jun


On se retrouve aujourd’hui avec un auteur chinois, maître du suspens dans son pays et même surnommé le “Stephen King chinois” ! Pareil surnom garantissait mon intérêt pour Cai Jun et La rivière de l’oubli, bien sûr, mais la déception est d’autant plus grande quand on passe un peu à côté du livre. Étonnamment, j’étais plutôt bien rentrée dans l’histoire, c’est après que les choses se sont gâtées, mais commençons par le commencement.

C’est l’histoire de Shen Ming, professeur de chinois, victime d’un injuste complot et assassiné un soir de l’année 1995. Quelques mois plus tard, naît un enfant du nom de Si Wang, réincarnation de la victime, obnubilé dès l’enfance par une seule et unique pensée : celle de se venger de tous ceux qui lui ont fait du tort dans sa vie antérieure.

“On dit en Chine qu’à partir de la mort, l’être humain doit passer par la Porte des Fantômes, le Sentier des Sources Jaunes et juste avant d’atteindre le palais de l’au-delà, par le Fleuve de l’Oubli. Après avoir traversé ce dernier par le pont enjambant les eaux tumultueuses, on est prêt à se réincarner dans l’utérus d’une femme. À l’entrée du pont, une vieille femme nommée MengPo, se tient assise, un bol de soupe à la main. Si vous buvez cette soupe, vous pourrez traverser la rivière et oublier. À défaut, c’est une tout autre histoire et c’est l’idée même de mon roman : le destin de quelqu’un qui, n’ayant pas avalé la soupe de MengPo, vient au monde, avec la souffrance et les regrets d’une vie antérieure, l’amour et la haine…”

Une intrigue originale au cours de laquelle le lecteur va découvrir tout un pan des coutumes et croyances chinoises. En plus de la réincarnation, dont le thème est omniprésent dans l’histoire, on découvre la vie dans cette Chine communiste de la fin du XXe siècle et elle est très différente de la nôtre. Les noms des personnages, les attitudes des gens les uns envers les autres, cette espèce de servilité qui semble être une marque de respect, tout m’était étranger et j’ai vraiment apprécié le voyage pendant toute la première partie du livre. Mais cela me demandait un effort d’imagination dont j’ai malheureusement fini par me lasser.

L’enquête, menée sur plusieurs années, traîne vraiment en longueur et ce que je considérais tout d’abord comme un dépaysement rafraîchissant a fini par me peser. Les références poétiques, nombreuses, m’étaient complètement étrangères. Les noms chinois se ressemblaient tous, à mon oreille d’occidentale, je mélangeais les personnages, je ne savais plus qui était qui et cela rendait ma lecture un peu laborieuse. En outre, c’est probablement une question de culture, mais les dialogues et certaines attitudes me paraissaient manquer de naturel. La mère du héros, la fille dont il tombe amoureux et même Si Wang lui-même sont juste trop parfaits pour être crédibles. Tout comme le nombre croissant de personnes qui, au fil du temps, devinent que Shen Ming réincarné se cache derrière l’identité de Si Wang.

Bref, j’ai fini par ne plus y croire, tout simplement. Jusqu’au retournement de situation final qui m’a paru tiré par les cheveux. C’est dommage car les bases de l’intrigue étaient vraiment chouettes. L’envie qui m’animait était celle de découvrir quelque chose de différent et j’ai été servie. Je n’ai certes pas tellement accroché, mais c’est aussi pour moi l’une des raisons d’être des services de presse : s’ouvrir à de nouvelles perspectives de lecture. Alors dans tous les cas, un grand merci à NetGalley et aux éditions XO pour cette découverte.

Note : ★★★☆☆

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La rivière de l'oubli, de Cai Jun
Editions XO (2018) - 484 pages - Support numérique - Thrillers & Polars

Chine du Nord, juin 1995. Shen Ming, jeune et brillant professeur, est suspecté d'avoir assassiné une lycéenne. Quelques jours après, il est poignardé près de l'école, dans une usine désaffectée. Neuf ans plus tard, le mystère s'épaissit. Les présumés meurtriers du professeur sont envoyés, eux aussi, au royaume des morts. La rumeur se répand alors : et si Shen Ming avait traversé la rivière de l'oubli pour se réincarner et se venger ?