lundi 9 décembre 2019

La sorcière captive, de Melissa Caruso


On se retrouve aujourd’hui pour la chronique de La sorcière captive, de Melissa Caruso. C’est un roman young adult, de la récente collection Big Bang des éditions Bragelonne, qui nous entraîne à Raverra dans l’Empire Sérénissime, sur les pas de deux jeunes femmes, Zaira et Amalia, au cœur d’une intrigue politique pleine de complots. Je ne savais pas très bien à quoi je devais m’attendre, n’ayant lu qu’une seule chronique, assez sévère au demeurant, avant de me lancer mais cela a été une plutôt bonne surprise.

Pour commencer, j’ai particulièrement apprécié l’univers mis en place par l’auteur, très inspiré de l’histoire politique de Venise. Comme cette dernière, Raverra est une cité lacustre sous la coupe du Conseil des Neuf, présidé par le doge. Elle est la capitale de l’Empire Sérénissime, qui a annexé nombre de petits royaumes, lesquels n’ont pas forcément apprécié. Parmi ces derniers, la cité universitaire d’Ardence qui commence à faire des vagues, rompant les accords sérénissimes. C’est une histoire assez politique, donc ? Oui, mais pas que.

Car Melissa Caruso a également intégré la magie à son univers. Les mages ont beau être rares, ils existent, et ils ne peuvent pas cacher leur capacité, elle se lit dans leurs yeux. Sous prétexte de les protéger, on les enrôle de force dans l’armée de l’empire, ils deviennent des faucons sous l’emprise d’un fauconnier, lequel contrôle leur magie et est lui-même aux ordres du doge bien sûr. De quoi rendre une situation politique déjà compliquée carrément explosive ! Surtout quand l’héritière des Cornaro devient la fauconnière d’une sorcière du feu capable de faire brûler toute une cité…

C’était top alors ? Pas tout à fait, mais j’ai quand même passé un agréable moment de lecture. Ce qui m’a un peu chagrinée, c’est la trop grande naïveté de l’héroïne, Amalia. Certes, c’est une noble surprotégée, mais pour une fille censée prendre la suite de sa mère au Conseil des Neuf, elle n’est quand même pas très fute-fute, il faut bien le dire. Zaira ne se gêne d’ailleurs pas pour le lui faire sentir. C’est un personnage attachant, mais il lui faut du temps pour s’affirmer et prendre un peu d’aplomb ! À l’inverse, la sorcière du feu est carrément cynique et acerbe. Difficile pour elles de s’entendre, mais l’auteur a eu l’intelligence de ne pas forcer les choses.

Malgré tout, on ne coupe pas à une histoire d’amour prévisible et sans grand intérêt, mais elle ne prend pas le pas sur l’intrigue et c’est ma foi le plus important. Au final, entre complots politiques et retournements de situation, je me suis laissée embarquée par cette histoire qui, malgré sa légèreté apparente, soulève des questions intéressantes. Je lirai la suite avec grand plaisir.

Note : ★★★★☆

Plus d'informations

Les faucons de Raverra, tome 1 : La sorcière captive, de Melissa Caruso
Editions Bragelonne (2019) - 672 pages - Support papier - Fantasy

La magie est peu fréquente dans l’Empire raverrainn. Ceux qui naissent avec ce pouvoir sont étroitement contrôlés : repérés dès l’enfance, ils se retrouvent enrôlés de force dans le régiment des Faucons. Zaira a évité ce sort ; elle a grandi dans les rues en volant pour survivre et en dissimulant sa nature. Mais elle cache une magie rare et dangereuse, une magie qui pourrait menacer l’Empire tout entier. Amalia Cornaro n’était pas destinée à devenir Fauconnière. Héritière d’une puissante famille, elle a été élevée dans le monde dangereux des machinations politiques. Mais le sort va réunir l’héritière et la sorcière en une alliance improbable. Alors que la menace de la guerre se profile, il pourrait suffire d’une étincelle pour transformer leur cité en un brasier incandescent…

Site de l'auteur : https://melissacaruso.net/

mercredi 4 décembre 2019

Lecture commune - Les refuges


J'ai découvert le nom de Jérôme Loubry à l'écoute du podcast Polar Avenue d'Angie. Un podcast assez unique en son genre, puisqu'il est français et dédiée à la littérature noire. L'enthousiasme d'Angie à parler des Refuges avait éveillé mon intérêt et je me l'étais immédiatement procuré. Vidia, une de mes amies de L'Imag'In Café l'a récemment acheté dans un salon et nous nous sommes mises d'accord pour en faire une lecture commune.

C'est donc au mois de janvier 2020 que nous lirons ensemble ce petit bijou à la note de 17,8 sur 20 sur Livraddict ! J'espère que c'est un vrai gage de qualité et que je ne serais pas déçue, comme c'est malheureusement souvent le cas avec les livres qui font l'unanimité. Sans doute parce que j'en attends trop... Bref, si le cœur vous en dit, n'hésitez pas à nous contacter en commentaire pour nous rejoindre dans cette aventure.


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Les refuges, de Jérôme Loubry
Éditions Calmann-Lévy (2019) - 395 pages - Support numérique - Thrillers & Polars

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte. Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a. Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ? Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ? Qui était vraiment sa grand-mère ? Sandrine sera retrouvée quelques jours plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

La page Facebook de l'auteur : https://www.facebook.com/loubryjerome/

mardi 26 novembre 2019

Obédience, d'Ariel Holzl


Après la trilogie des Sœurs Carmines et le premier tome d’un roman jeunesse intitulé Feux follets, mandragore et cadavre frais, on retrouve Ariel Holzl en pleine fantasy orientale avec Obédience, la première partie de Lames vives, un nouveau diptyque Young Adult. Paru le 15 novembre dernier, ce roman nous entraîne dans un univers certes bien différent de son fabuleux Grisaille mais tout aussi fascinant, au cœur d’une intrigue dynamique et pleine de mystères.

C’est bien joli tout ça, mais de quoi ça parle au juste ? Eh bien, de deux peuples, les Haa’thi et les Muedins, qui se vouent une guerre sans merci depuis des dizaines d’années. Ayant survécu à une catastrophe écologique, le premier a reconstruit une société basée sur l’esclavage grâce à ses Empathes, des individus capables de lire les émotions et de contrôler les esprits d’un simple toucher. Suite à la découverte d’un mystérieux métal appelé vif argent au cœur d’une météorite, le second réussit cependant à s’immuniser contre le don des Empathes. Il en profite pour prendre le pouvoir et fonder la République d’Obédience, asservissant à son tour les Haa’thi. Un siècle plus tard, on suit cinq adolescents appartenant à l’une et l’autre faction.

Ariel Holzl a fait le choix d’alterner les points de vue dans un récit globalement à la première personne, ce qui nous plonge d’emblée au plus près des personnages. Mais laissez-moi vous les présenter !

Du côté des Muedins, il y a tout d’abord Gryff et Saabr. Ce sont deux Lames, des enfants soldats au service de la République d’Obédience, laquelle leur a injecté du vif argent directement dans les veines. Transformés en de véritables machines à tuer, ils sont malheureusement condamnés, le vif argent les empoisonnant à petit feu. Il y a Ellinore aussi, jeune noble d’Obédience. Magnite de son état, elle manie les nanites et pratique un genre de magie à base de télékinésie, ce qui inclut la manipulation du vif argent, y compris à l’intérieur du corps des Lames !

Du côté des Haa’thi, on fait connaissance avec Minah, l’une des dernières Empathes, et de son ami Nazeem, un Modeleur capable d’animer des créatures artificielles. Minah est à la recherche de sa sœur jumelle, Norah, prisonnière d’Obédience. Bien entendu, tout ce petit monde va se rencontrer et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela va faire des étincelles ! Car la révolution est en marche, les Haa’thi rêvent de se libérer du joug insidieux des Muedins, et cela ne se fera pas sans effusion de sang.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est son univers original et tellement bien construit. Magie et technologie s’entremêlent, à tel point qu’on ne sait pas toujours différencier ce qui relève de l’une ou de l’autre. Est-ce possible seulement ? Et puis il y a un thème fort, celui de la lutte pour la liberté, mené sans manichéisme, le point de vue de chacune des deux factions étant développé à l’identique. Si l’intrigue est assez classique, elle est extrêmement bien menée : les personnages se complètent sans que l’un se détache véritablement. Tous ont leurs propres convictions et agissent en conséquence.

Au final, Ariel Holzl nous propose à nouveau un roman très réussi, doté d’un univers de fantasy orientale, riche et bien construit, ainsi que de personnages contrastés qui s’affrontent alors qu’ils ont exactement le même objectif : briser leurs chaînes. Je remercie vivement Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour cette belle découverte, dont j’ai vraiment hâte de découvrir la suite.

Note : ★★★★☆

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Lames Vives, tome 1 : Obédience, d'Ariel Holzl
Editions Mnémos (2019) - 332 pages - Support papier - Ados & YA

Le vif-argent coule dans leurs veines. Les esclaves sont devenus les maîtres. La République d’Obédience est née. Six destins se croisent et se brisent comme des chaînes dans ce roman aux personnages complexes et humains. Un récit d’aventure puissant, poignant et addictif sur la liberté et la lutte pour ses idéaux.

Site de l'auteur : http://arielholzl.com/auteur/

dimanche 17 novembre 2019

La fille au tatouage, de Kristina Ohlsson


J’ai découvert Kristina Ohlsson l’année dernière avec Les enfants de cendres, le premier opus de la saga Fredrika Bergman. Je me souviens que j’avais été déçue par l’intrigue qui manquait un peu d’ambition à mon goût et des personnages assez fades pour lesquels je n’avais pas ressenti grand chose. La suite, La fille au tatouage, était néanmoins déjà dans ma pile à lire et je savais que je tenterais à nouveau l’expérience. C’est chose faite !

Autant le dire tout de suite, si les personnages m’ont davantage touchée, peut-être parce que je les connaissais déjà, l’intrigue m’a à nouveau laissée dubitative. Elle démarre pourtant au quart de tour dans le prologue avec l’agression sexuelle d’une jeune fille sur la propriété familiale. Puis le récit fait un bond dans le temps et on va suivre deux trames en parallèle : le mystérieux suicide d’un couple en apprenant le décès par overdose de leur fille aînée, et la situation périlleuse d’une femme accusée de trafic de drogue au cours d’un voyage en Asie.

Cela commençait plutôt bien, avec des thèmes intéressants et très actuels, en particulier l’accueil des réfugiés clandestins en Suède. On retrouve une Fredrika en pleine grossesse, épuisée, limite apathique. J’ai personnellement eu la chance d’avoir une grossesse qui s’est bien passée, alors j’ai eu du mal à concevoir que cela puisse la mettre dans pareil état, mais bon, passons. Alex, le chef du service, Peder, le misogyne aux blagues à deux balles, et Spencer, l’homme marié infidèle, père du bébé à naître de Fredrika, sont également de la partie.

S’ils ne sont pas désagréables, la constante de tous ces personnages, c’est quand même qu’ils ont élevé la politique de l’autruche au rang d’art ! Ils ont des problèmes, tous, mais à part attendre que le vent tourne, ils ne font rien. Ils ne sont pas même capables d’avoir une conversation avec leur conjoint(e). Cela ne donne pas une très bonne image des Suédois, je suis navrée de le dire !

Mais revenons à l’intrigue en elle-même. La première partie du roman est plutôt réussie mais elle finit par retomber comme un soufflet, malheureusement. L’enquête s’enlise, on tourne en rond, ça part un peu dans tous les sens, à tel point qu’on a envie de leur taper dessus pour les forcer à se calmer et à réfléchir deux minutes. Quand le lecteur comprend les tenants et aboutissants avant les enquêteurs, ce n’est jamais bon signe. Je n’irai pas jusqu’à prétendre que j’avais tout deviné, mais suffisamment cependant pour m’ennuyer ferme toute la seconde partie du livre.

Un bilan mitigé, donc. Je n’arrive pas à me défaire de la sensation que l’auteur a cherché à faire durer en nous proposant beaucoup trop de fausses pistes alors que le dénouement coulait de source. C’est dommage, le thème était intéressant et le style plaisant, mais la construction du récit n’a pas su me convaincre.

Note : ★★★☆☆

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Saga Fredrika Bergman, tome 2 : La fille au tatouage, de Kristina Ohlsson
Editions Michel Lafon (2012) - 396 pages - Support papier - Thrillers & Polars

La nuit de la Saint-Jean, une jeune fille est agressée et violée. Malgré ses cris, personne n’est venu à son secours… Quinze ans plus tard, un pasteur et sa femme sont retrouvés morts : les Alhbin se seraient suicidés en apprenant le décès par overdose de leur fille aînée. L’affaire est confiée à l’équipe de Fredrika Bergman. Épuisée par sa grossesse mais déterminée à découvrir la vérité, celle-ci ne tarde pas à mettre au jour un sordide réseau de trafic humain exploitant la détresse des réfugiés clandestins. À l’autre bout du monde, Johanna, la fille cadette du couple Alhbin, travaille en Thaïlande sur un dossier sensible. Si sensible que quelqu’un cherche manifestement à mettre un terme définitif à ses recherches : son téléphone ne marche plus, son billet d’avion est annulé, et on glisse de la drogue dans sa valise… Alors que le piège menace de se refermer, les enquêtes de Fredrika et de Johanna semblent peu à peu converger vers une révélation terrible et stupéfiante.

vendredi 8 novembre 2019

Dans les hautes herbes, de Stephen King & Joe Hill


La dernière nouvelle que j’avais lue du père et du fils, c’était Plein gaz et j’avais eu exactement le même ressenti qu’avec Dans les hautes herbes : celui d’un rendez-vous manqué. Ce texte à quatre mains de Stephen King et Joe Hill est initialement paru en 2012 mais il est resté inédit en France jusqu’à ce que Netflix en fasse un film et qu’Albin Michel se décide enfin à le faire traduire pour l’occasion. J’avais plutôt hâte de le découvrir, mais je suis un peu passée à côté.

C’est l’histoire de Cal et Becky, un frère et une sœur qui, après avoir entendu un jeune garçon perdu appeler à l’aide, pénètrent dans un champ de (très) hautes herbes pour l’aider à en sortir. Dès leurs premiers pas, ils se perdent de vue et bien qu’ils dialoguent avec l’enfant effrayé, voire avec sa mère, ils ne trouvent ni l’un ni l’autre. Ils s’éloignent de plus en plus l’un de l’autre mais aussi de la route, et l’aventure tourne bientôt au cauchemar. C’est tellement court qu’en dire plus relèverait du spoiler pur et simple.

Le début s’annonçait très sympathique, avec un agréable parfum d’horreur popcorn des années 80. Mais passée la moitié du texte, père et fils semblent avoir oublié qu’ils écrivaient la même histoire. Becky commence à délirer, à confondre la réalité avec ses visions, tout devient confus, y compris pour le lecteur. Certaines scènes virent au dégoûtant (plus qu’à l’effrayant, en fait) et on se surprend à grimacer mais, les personnages n’étant pas très attachants, on se fiche un peu de ce qui leur arrive. On les regarde se débattre dans ce champ sans grande empathie.

Au final, c’est une histoire somme toute assez banale, qui se lit sans réel plaisir et laisse un goût d’inachevé. King est capable d’écrire bien mieux que cela et si l’on se fie à la renommée de Joe Hill (que je n’ai encore jamais lu seul), lui aussi. Autant la collaboration de Stephen avec Owen, son fils cadet, dans Sleeping Beauties, avait été une belle réussite, autant ses deux tentatives avec Joe m’ont laissée carrément dubitative. On s’ennuie ferme et c’est bien dommage.

Note : ★★☆☆☆

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Dans les hautes herbes, de Stephen King & Joe Hill
Editions Albin Michel (2019) - 60 pages - Support numérique - Nouvelles & Recueils

Après avoir entendu les appels à l'aide d'un petit garçon depuis un champ d'herbes hautes, un frère et une soeur se garent sur le bord de la route et partent à sa recherche. Quelques minutes plus tard, ils sont perdus, séparés l'un de l'autre, complètement désorientés, et la distance qu'ils semblent avoir parcouru est étrangement immense. Pendant ce temps, les cris de l'enfant continuent, de plus en plus désespérés...

Sites des auteurs : Stephen King & Joe Hill